Le naufrage de la pensée

Publié le par Nguema Ndong

Quand une partie de la société refuse de mettre la pensée au centre de son fonctionnement, les lumières de la floraison des idées novatrices font place à l’obscurantisme et à la sujétion à l’idiotie. Quand on décide d’élever au rang de tribuns de tout un peuple des gens à peine lettrés, la pensée de bistro devient le suc de la vulgate. Quand les attaques ad hominem deviennent le fonds de commerce d’une certaine élite politique, l’injure devient le pivot de la réflexion et elle pollue le paysage politique. Quand les élites décident de disserter en longueur de journée sur le néant sachant que tous n’ont pas la dextérité de Jean-Paul Sartre, le peuple s’infatue de la déraison. Les méfaits d'un naufrage de la pensée vertical, il part de l'élite vers le peuple, provoquent une aversion pour la réflexion commune à l'ensemble de la population.

Le refus de la réflexion est manifeste, il devient de ce fait la chose la mieux partagée. Le débat d’idées, à l’exemple du monde de la politique, a pris la clé des champs. Dans l'opposition, on n'a aucune proposition si ce n'est ce fameux mantra «bongo doit partir» qui devient la béquille de ceux dont le discours souffre de sa vacuité substantielle. L’évidence du souhait du départ du système Bongo-PDG par une majorité des Gabonais est perceptible. Seuls, quelques oligarques mus par le besoin de protéger leurs privilèges s’en désolidarisent. Dire que ce système a échoué relève d’une vérité de La Palice. Dommage que certains continuent à s’échiner à défoncer des portes. À part faire exploser une bombe atomique au Gabon, on ne peut faire pire, car le régime Bongo-PDG est au pinacle de l’incompétence.Nombre d'opposants favorables à l’élection à tout prix, bien qu’étant conscients qu’il est presque impossible de battre le Bongo-PDG aux élections, se sont assis sur leur leitmotiv « Ali, dégage » et ils refusent de pousser la réflexion un peu plus loin. Ces opposants ont décidé d’occuper l’espace public, ce qui est légitime par ailleurs, car le jeu démocratique exige que chacun exprime son opinion. Mais sur quoi repose cette opinion ?Il est triste de constater que beaucoup sont coupables de ne porter aucun projet de société alternatif (à celui du régime Bongo-PDG qu’ils prétendent vouloir remplacer), de se limiter à être des véhicules d'émotions (le pathos, les passions, l'injure) et d'avoir perdu tout goût du pluralisme en affectionnant le monolithisme. Ils exècrent  la contradiction, étrange paradoxe pour des gens qui claironnent leur piété de la démocratie. Sans s’en rendre compte, ils donnent raison à cet aphorisme de Jean-Jacques Rousseau : « Il faut penser comme moi pour être sauvé.Voilà le dogme affreux qui désole la terre.». Quand on aspire à remplacer un système que l'on taxe de despotisme, on n’emploie pas les mêmes méthodes que ce dernier sinon on s'inscrit dans le continuum.

Excepté leur litanie empreinte d’imprécation au régime en place, rien de concret ne découle de leurs messes de l’injure. On refuse de penser, mais on préfère commenter. On refuse de démonter l'argumentation de son interlocuteur par des arguments factuels, mais on l'agonit d’insultes. On s’entoure d’une armée de zélotes dont la qualité première est le manque de bienséance. On voue aux gémonies tous ceux qui osent porter une opinion hétérodoxe. On érige une police de la pensée ayant à sa tête des inquisiteurs. Les idées sont donc devenues périphériques dans leur lutte, car elles traînent dorénavant dans le ruisseau. Le peuple se noie dans une "médiocratisation" progressive qui fait de lui un hétéronome intellectuel nourri au biberon de la bêtise des philosophes de bistro.Ce peuple refuse l’effort d’autodéfense intellectuelle,  car il préfère épouser les poncifs et les prêts-à-penser des ennemis de la pensée.Le Bongo-PDG a donc toutes les raisons de ressortir sa ritournelle « en face, ils n’ont rien à proposer si ce n’est l’invective ». Quelle société peut-on alors construire quand l’élite est victime du naufrage de la pensée ?

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