J’ai assisté à la causerie politique d’Héritage et Modernité

Publié le par Nguema Ndong

Par un dimanche matin du mois de mai, alors que je roupillais sur le canapé afin de récupérer une infime part de l'énergie dépensée au cours de la semaine, deux jeunes frères vinrent frapper à la porte. Ils m’annoncèrent que d’autres frères étaient en train de faire la mise en place pour la tenue d’une causerie politique des membres d’Héritage et Modernité. Ils avaient choisi notre concession familiale pour la simple raison que ma mère est devenue la chef de quartier et la coutume impose au chef de recevoir tout le monde, peu importe ses convictions politiques. Je ne pouvais donc manquer un tel événement qui se déroulait dans notre cour et c'était aussi une occasion d'entendre quelques explications de la bouche même des acteurs (chez les Ekangs, on dit qu'il est préférable d'entendre le Mvett de la bouche du conteur/diseur de Mvett).

La liste des intervenants donnait vraiment envie, au curieux que je suis, d’assister à cette causerie. Comme intervenants, on annonçait : Vincent Ella Menie (ancien député du 3ème du Ntem, Bitam), Maxime Ondimba (ancien député du 1er siège Haut Como, Medouneu), Edgard Owono Ndong (ancien député du 2ème siège du Woleu, Oyem), Clay Martial Obame (ancien membre du Comité Central, fédération D canton Woleu) …

Pendant de longues minutes, les différents intervenants ont dardé Ali Bongo de critiques acerbes quant au bilan de son septennat. Tous les discours se faisaient en fang, au plus grand plaisir des gens comme nous qui sommes admiratifs de la faconde de certains en fang. L'ambiance était bon enfant, excepté la présence d'un godillot de l'émergence qui perturbait la cérémonie. Excédés par l'impudence de cet énergumène, quelques patriarches du village ont intimé aux jeunes gens de se saisir de cet indélicat afin de le calmer. Mais il eut son salut grâce aux souhaits des membres d’Héritage et modernité qui voulaient qu'on lui laissât le droit de s’exprimer.    

Tous les hommes politiques qui prétendent avoir tourné le dos au PDG nous promettent le changement et l’alternance. Ces deux idéaux sont partagés par la quasi-majorité des Gabonais las des 50 ans de monolithisme politique. Venir crier au changement dans un quartier d’Oyem, où les effets de la crise sont perceptibles à chaque coin de rue, ne peut qu’attirer un grand nombre de personnes. Lors de cette causerie, Edgard Owono Ndong a déclaré que pour la dernière élection partielle au canton Kyé, la somme de 180 millions de francs CFA avait été distribuée aux populations en guise d’achat de conscience par les émergents. Au même moment, il affirmait que pour une édification d’une pompe rurale dans chaque village de son canton, il fallait environ 92 millions de francs CFA. Il illustrait par cet exemple que le pouvoir actuel se signalait par une mauvaise affectation des ressources financières du pays alors que nous sommes en crise. Par conséquent, il était temps de mettre un terme à cette catastrophe.

Au moment de se séparer, car la nuit était arrivée, Vincent Ella Menie sortit une liasse de billets en guise de collation offerte aux populations. Lorsqu’il donna le montant qu’ils laissèrent à la population, 500 000 francs CFA, je vis de la liesse dans les yeux des miens et les femmes poussèrent des cris d'allégresse (Ayenga). Je n’ai pas condamné l’attitude de mes parents ce soir-là, car depuis bientôt un mois que je suis revenu vivre dans mon village, je passe du temps avec des jeunes qui ne me parlent que de chômage. Ils sont obligés de faire des kilomètres à pied chaque matin dans l’espoir d’avoir un emploi aux chantiers de la CAN 2017. La vie n’est plus aisée pour beaucoup. Quelques-uns sont revenus de leur aventure port-gentillaise, la crise du baril de pétrole faisant effet, pour venir grossir les rangs des chômeurs locaux. Le taux de sérologie du VIH a pris de l’ampleur. Oyem et particulièrement mon quartier est devenu un terreau idéal pour quelques ploutocrates en quête de pouvoir.

Lorsque l’on prétend vouloir changer les choses, il est inconcevable de distribuer de l’argent de la sorte. On ne peut pas, pendant de longues minutes, crier à l’impécuniosité de l’État et à la gabegie du camp d’en face, mais quelques minutes après, se mettre à jeter l’argent en pâture. Venir brandir son argent en face des gens affamés est malsain. Ce soir, j'ai vu mes parents, pendant des heures, se crier dessus comme des tisserins gendarmes afin de se partager cet os jeté par les hommes politiques. Ce spectacle était vraiment pathétique, la vision de ces mères et de ces pères de famille qui se querellaient pour des clopinettes. Une fois ces clopinettes dans la poche, la plupart des gens se sont dirigés vers les bars, car les travailleurs et les chômeurs de mon village noient leurs soucis dans l'ébriété. Le bar est devenu malheureusement le forum des gens de chez moi. Le corps de garde n’est plus qu’un simple tribunal.

Il faut que l’on cesse de priver le peuple de sa substance et de s’arroger sa subsistance. Il ne suffit pas de souhaiter une démocratie pour en créer une, car la démocratie s’est d’abord le respect du peuple et non une machination pour en faire une populace servile et corvéable. Il est temps que les hommes politiques arrêtent de donner de l’argent aux populations lors des meetings et autres causeries politiques. Il faut que les gens adhérents à leurs idéaux sans être sous l’emprise de l’argent ou d’autres pesanteurs.

Publié dans Politique Gabon

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Essone ayang ya mine be mvom 18/05/2016 01:32

Engongoo...nous ne sommes pas sortis de l'auberge

Christian Epembia 17/05/2016 20:40

Bonne lecture mon frere...