Il y a des beautés…

Publié le par Nguema Ndong

Seul dans cette salle, avachi dans un fauteuil, je vis une lumière venir vers moi. Pendant un instant, je me dis que les portes du paradis, auquel je ne crois pas, venaient de s’ouvrir en laissant s’échapper un de ces anges qui y résident. La vision de cet être sorti sans doute de la cuisse de Jupiter ou d'une chanson de Pierre Claver Nzeng, une bombe anatomique, comme l'avait chanté Jean Goubal, subvertit mes sens en commençant par l'élocution. Il m’avait été permis de côtoyer de jolies et belles femmes, mais des femmes comme celle-là, je n’avais jamais eu l’occasion de croiser la route. La Jolie Dame était perchée sur des talons aiguilles d’environ douze centimètres de hauteur et elle portait une petite robe couleur noir et blanc qui cachait mal de longues jambes immaculées. Pour les fashion-addicts, on dira qu’elle était vêtue dans un style chic et sexy.

Elle était venue dans cette salle afin de se renseigner. J’avais curieusement la parole difficile. Je pense même que je suis devenu, subitement, bègue moi qui d’habitude ai un débit de parole rapide. Je transpirais à grosses gouttes malgré la climatisation réglée à une température presque hivernale pour le résident des tropiques que je suis. Je n’arrivais plus à répondre à ses questions et je masquais mal mon malaise. Parfois, je disais des phrases asémantiques que je n’arrivais même pas à déchiffrer. Il m’était malcommode de lui répondre avec pertinence, mais je m’efforçais de donner du sens à mes réponses. Je me battais seul contre mes désirs.

Assise devant moi, La Jolie Dame était affable et elle affichait un sourire onctueux qui ne faisait que m’enfoncer dans les abysses. Pendant qu’elle parlait, j’auscultais son visage. Aucun trait n’était difforme. Son nez, ses oreilles, la courbe de sa bouche, ses dents, son regard, ses longs cheveux dans lesquels je voulais faire passer mes doigts… tout en elle était enivrant. Ivre de sa beauté et de sa suave exhalaison, je maudissais le créateur ou le sculpteur de ce chef-d'œuvre. Je criais à l’injustice, car je pensais à toutes ces femmes aux physiques ingrats. Je pensais à toutes ces femmes qui sont venues au monde et qui étaient dépourvues de la moindre once de beauté alors que devant moi, La Jolie Dame en débordait. Elle me dit qu’elle avait déjà eu trois maternités donc une gémellaire, mais voyant son corps, rien ne le faisait penser, car elle avait toujours un corps de nubile. Elle était différente de toutes ses femmes qui se laissent aller une fois qu’elles ont fait des enfants. Ces femmes qui prennent du poids quitte à ressembler à de grosses vaches. Sans faire dans de l’exagération, elle avait cette beauté que l’on retrouve chez Paulette Oyane ou chez Monique Oyane. La classe de Justine Minsta, le côté solaire d’une Aïcha Sidi, le sex-appeal de Halle Berry... La Jolie Dame accumulait en elle tous les traits de ces femmes qui sont, selon moi, des parangons de la beauté féminine. Elle ne cessait de croiser et de décroiser ses longues jambes immaculées, je me croyais en face de Sharon Stone dans Basic Instinct. Quand Kant écrit « est beau ce qui plaît universellement sans concept », je me dis qu'il n'y a pas meilleure description de La Jolie Dame.

Après notre entretien, au cours duquel elle tenait le métronome de la discussion, je devais la raccompagner. Nous avancions côte à côte vers la porte et je pensais me tenir aux côtés d’un être onirique. Je supportais mal de voir ses pieds se poser sur ce carrelage qui semblait souiller ses jolies chaussures. Je voulais pour parer à ce manque de respect à son allégeance la soulever afin qu’elle ne se salisse pas les pieds. J’étais prêt à courir le risque de paraître obséquieux. À qui veut jouir d’aile, il faut lever la cuisse dit le proverbe. J’étais conscient de mon impuissance, car La Jolie Dame ne faisait indubitablement pas partie de ma chaîne alimentaire. En butte à mes pulsions libidinales, je m'efforçais de rester courtois et professionnel, car je voulais lui crier combien de fois, je la trouvais bellissime.

Au lieu de la raccompagner jusqu’à la porte, je suis allé jusqu’à la portière de sa voiture que j’ouvris volontiers et elle démarra. Soudain, je me suis mis à tousser et je me réveillai, car ce n’était qu’un rêve. Toutefois, je me dis qu'il y a des rêves prémonitoires et qu'un jour, je croiserais sûrement en vrai La Jolie Dame et ce jour, je ferai tout pour contenir mes émotions.

Publié dans Fiction

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