Machisme : archéologie d’une idéologie

Publié le par Nguema Ndong

Lorsque l’on fait le tour de plusieurs mythes fondateurs ou de quelques légendes et même de plusieurs religions, on se rend compte que la femme est présentée comme la figure archétypale du mal. « La terre des mythes est ronde » affirmait Claude Lévi-Strauss. Ève, Pandore, Delila, les sorcières des contes (jamais on ne parle de sorcier) … bien d'exemples dans lesquels la femme est perçue comme la source du mal sur la terre. Chez les fangs, une légende dit que c’est la femme qui aurait apporté l’Evou (la source du mal chez l’homme) de la forêt au village. On nous disait également, enfant, que la sorcellerie de la femme était plus puissante que celle de l’homme. Tous ces mythes renferment la terreur atavique des femmes. Cela participe à la construction de la misogynie donc l'un des principaux corollaires est le machisme.

Les lignes qui vont suivre susciteront sûrement l'ire de plusieurs femmes et je devrais faire face au déferlement des plus zélées. J’accepte d’assumer ce risque. Parler de machisme, qui est un principe que je répugne (sans vouloir faire le féministe acharné), est une aventure périlleuse. Pis quand l’angle d’attaque du sujet fait de la femme l’un des générateurs de ce mal.

Je suis issu d’une société patriarcale, la figure du père y est quasiment déifiée. De ce fait, les enfants, qu’il soit fille ou garçon, sont plus proches de la mère que du père. La mère est donc celle qui va façonner au quotidien l’éducation de l’enfant. Le père joue le rôle de coordinateur. De ce fait, c’est au contact de la mère que le garçon apprend à connaître les femmes. Il est très difficile de trouver un homme parlé de sexualité ou de rapport aux femmes avec ses fils. Le comportement du garçon est fortement imprégné des conseils donnés par la mère. Malheureusement, les femmes ont parfois la maladresse de former des machistes. Même si le féminisme naît le plus souvent au contact des femmes. Je ne cherche pas à dédouaner l'homme dans ce processus de "Machoïsation" de l'enfant. Je ne veux pas disserter sur des vérités de Lapalisse. On sait tous que l’homme veut que son fils soit "un vrai homme" et non une femmelette. Cela implique souvent et malheureusement l’assujettissement de la femme.

Pour étayer mon assertion, selon laquelle le machisme repose en partie sur les conseils que les femmes donnent aux garçons (fils, frère ou ami), je donnerai quatre exemples de conseils, qui sont nourris de préjugés machistes, donnés par les femmes (mères, sœurs et amies).

Il y a le fameux conseil que toutes femmes donnent à leurs fils ou à leurs frères : « Ne lave jamais les sous-vêtements de ta conjointe ». C’est le genre de discussion que l’on ne peut avoir avec son père ou avec son grand frère. Le sexe est tabou dans notre culture. Chaque femme est prompte à le proposer à son compagnon, mais pour rien au monde, elle n’acceptera de voir son fils ou son frère s’adonner à cette tâche. Je me souviens d’une discussion sur le sujet avec une amie. Nous étions deux hommes et elle était la seule femme. Mon amie nous traitait des has been, des goujats, des rustres, des machos parce que nous n’étions pas disposés à laver les sous-vêtements de nos compagnes sauf si elles étaient agonisantes. Elle affirmait qu’elle n’hésitait pas à demander à son compagnon de se plier à cette tâche. Par la suite, j’ai abordé le sujet dans un autre angle, c’est-à-dire qu’il s’agissait maintenant de son fils et non de son compagnon. Je voulais connaître sa réaction si un jour, elle trouvait son fils sous un soleil ardent, le dos courbé, en train de frotter et laver les sous-vêtements de sa belle-fille. Sans hésiter, mon amie m'a dit que pour rien au monde, elle ne l'accepterait et qu'elle pouvait même se jeter sur ce dernier afin de lui donner quelques bonnes claques pour qu'il se ressaisisse. Pour elle, il était inadmissible que son fils se mette à laver les sous-vêtements de sa belle-fille, en omettant qu’elle voulait que son compagnon le fasse pour elle.

Un autre préjugé machiste que les femmes inculquent à leurs enfants est celui de l’homme maître de la maison et de la femme soumise. Dès l'enfance, les femmes mettent dans la tête de leurs garçons que ces derniers sont appelés à être les chefs de famille, par conséquent, leurs compagnes doivent être soumises, quitte à les battre si elles se permettaient quelques incartades. Ce préjugé est, d'ailleurs, véhiculé par la plupart des religions en vogue sous nos tropiques. Ce principe n'est pas seulement un déterminant ou un ressort du machisme, car il peut aussi influer négativement la femme en créant en elle un penchant à la dépendance à l'endroit des hommes. Quelques femmes se mettent dans la tête qu’elles doivent impérativement trouver un homme qui devra subvenir à leurs besoins, le discours de leurs mères (une femme digne est une épouse soumise, voire servile) aidant.  

Quand on demande à une femme quel est le premier défaut d’un homme, elle dira sans hésiter : « l’infidélité ». Mais à y voir de près, le caractère volage de certains hommes procède souvent des conseils que leur donnent leurs sœurs et parfois leur mère. Les femmes sont celles qui disent quelquefois à leur parent qu'un homme ne devrait pas se contenter d'une seule femme, car une femme ne s'appliquerait que, lorsqu'elle est en situation de concurrence (rivalité). Un ami m’avait raconté qu’un jour sa sœur lui avait conseillé de se trouver une maîtresse s’il voulait arrêter de se plaindre de sa femme. Il n’en revenait pas, car sa sœur et sa femme s’entendaient bien. Face à l’insistance de sa sœur, il a dû se résoudre à trouver une maîtresse. L'ironie du sort. La sœur de mon ami était venue se plaindre, quelques années après, auprès de lui des infidélités de son compagnon. N'avait-elle pas pensé un instant que son compagnon aussi avait peut-être suivi les recommandations de sa mère ou de sa sœur qui étaient sûrement enclines à l'infidélité ?

Il y a aussi l'interdiction faite aux hommes d'être romantique. Essayer un peu d'appeler votre compagne « bébé » ou « amour » devant votre sœur, vous verrez, comment elle vous fusillera du regard. Au cours d’un repas de famille auquel un cousin avait convié sa nouvelle amoureuse afin de la présenter à ses parents. Mon cousin voulant du sel qui était juste devant son amoureuse l’appela « bébé ». La tante qui était à table avec eux l’avait rabroué en lui précisant que la fille avait un prénom et qu’il était inadmissible qu’il l’appelle ainsi. Les sœurs et les mères perçoivent parfois les petites attentions amoureuses ou le trop-plein d'amour ostentatoire envers les compagnes de leurs fils ou frères comme de la faiblesse masculine.  

Ces quelques exemples cités ne sont qu’une infime part des préjugés machistes que les femmes inculquent à leur garçon. Je complète la liste avec ce florilège des pensées que certaines femmes distillent quotidiennement à leurs garçons : un homme ne fait jamais la lessive ; un homme ne devrait jamais faire la cuisine ; un homme ne fait jamais de vaisselle ; un homme ne devrait jamais demander de l’argent à sa compagne même s’il est dans le besoin afin de préserver son honneur ; un homme doit être autoritaire vis-à-vis de sa femme quitte à lui donner quelques petits coups quand il le faut… Les femmes font aussi quelques remarques que l’on peut taxer d’homophobie. Un jour, je me suis essayé au rose. Je n’avais jamais mis de chemise rose. Un matin, mon amoureuse de l'époque me croise avec ladite chemise, sa question fut : « c'est quoi ce look de pédé, tu mets maintenant du rose ? » En sortant de la maison ce matin, je m’attendais à une telle remarque, mais venant de mes amis et de mon amoureuse.

Le machisme est un virus surtout quand il se transforme en misogynie, un principe que j’exècre. Chaque homme devrait faire l’effort de respecter la femme et de lui donner le même respect qu’à l’homme. Mais dans cette lutte, les femmes, elles ont été nourries au biberon du machisme, devraient également donner de leur force pour que ce fléau s'estompe. Les campagnes anti-machisme sont trop souvent tournées vers les hommes. Tant que plusieurs femmes continueront à distiller cette idéologie toxique que l’on nomme machisme (la femme est inférieure à l’homme), tant que plusieurs femmes élèveront des goujats tout en espérant vivre ou épouser des gentlemans, les hommes resteront des phallocrates et les éternelles victimes ne seront que les femmes.  

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Roz'lyne 12/04/2017 13:21

Tres bon article. J'admire la rigueur dans l'objectivité du texte. C'est la preuve que le redacteur a fait abstraction de ses propres pratiques.

L'idéal serait que ce dernier fasse preuve de la meme rigueur dans l'application du dernier paragraphe.

Mais bon ce n'est qu'un ideal.

Pour ma part, cet article m'aura permis de voir les choses différemment.