Je suis allé au temple

Publié le par Nguema Ndong

Que certains ne se trompent pas, je suis toujours un fervent déiste. Toutefois, il m’arrive d’aller faire un tour dans un temple quand je suis invité ou lors des cérémonies telles que les mariages, les messes de requiem ou des veillées mortuaires. Après tout, je ne me transforme pas en statue de sel quand j’y pénètre. Au contraire, j’y apprends de nouvelles choses qui consolident mes convictions.


C’est dans cette logique que je me suis retrouvé récemment dans un temple protestant (Église Évangélique du Gabon). Je suis arrivé avant le début de la messe, le temple était encore presque vide. Quelques choristes animaient l’assistance. Cette ambiance me rappela mon enfance quand j’allais à la messe chaque dimanche au Temple de Mfoul (Oyem) avec mon père, mes sœurs et mes frères. Mais les temps ont changé, l’eau a coulé sous les ponts et elle a emporté ma foi chrétienne. Je ne suis plus sensible aux propos des curaillons par contre, je me suis juré de leur rendre la vie difficile. Assis dans mon coin, je reluquais les poitrines des choristes. Dans ce groupe, il y avait des mures et des vertes. Je m’amusais à deviner qui irait faire la consultation nocturne du cochon libidineux cette nuit-là. Puis, mon attention s’est tournée vers les voix de ces jolies demoiselles qui pour certaines avaient des voix de rossignol, d’ailleurs je pense que la chorale s’appelait ainsi. J’imaginais une de ces demoiselles qui chantaient actuellement les louanges de Jésus en train de fredonner des paroles coquines d’un de mes refrains. Ah ! Cela aurait pu être une bonne collaboration, la choriste et le rappeur qui déteste les pasteurs, le titre de ce morceau serait « Les Délices De La Pucelle ». Je sais que ces demoiselles ne sont au fond en majorité que des petites vicieuses. Elles seraient d’accord pour la plupart à venir pousser la chansonnette avec un chanteur du monde comme ils nous appellent. D’ailleurs, qui ignore ce qui se passe dans ces chorales, on y loue tout sauf Dieu.


Pendant que je m’abandonnais à mes pensées, l’homme en noir fit son entrée dans le temple. Le diacre nous demanda de nous lever afin de saluer Sa Majesté le cochon libidineux. J’étais là parce que je devais assister une amie, je devais par conséquent subir les élucubrations de cet être. Il commença son prêche qui portait, je crois, sur la vanité, l’attachement aux biens matériels. Alors que mon esprit était tout sauf dans ce temple où le curaillon psalmodiait des choses que je ne comprenais pas et en compagnie de ses thuriféraires, ils sombraient dans un état proche de la glossolalie. J’étais en train d’imaginer toutes les choses sales qu’il pouvait faire à ses fidèles et aux pauvres choristes. Vu la tête de cochon qu’il avait, ce type devait être un gros salace.  


Les levains de mon déisme sont le dogme religieux et cet aphorisme chrétien : « Ne faites pas ce que je fais, mais faites ce que je vous dis de faire ». Je pense que dans ce temple, mon aversion pour cet aphorisme avait atteint son acmé. Je ne supporte pas que l’homme prenne les adultes pour des gens qui ne réfléchissent pas. Malheureusement, grand nombre d’ouailles à l’égard de leur berger souffrent de dissonance cognitive. Ils sont prisonniers du prisme de leurs convictions et ils doivent de ce fait accepter certains errements de ces cochons lubriques. En ce qui me concerne, mon esprit est libre et ne souffre pas du poids d’une gangue. Mes convictions sont antipodales à celles de mes amis génuflecteurs sur les questions religieuses.


Je connaissais bien ce pasteur, car il avait occupé un poste important au sein de cette Église. Je savais comment il s’était enrichi. Lui qui faisait maintenant le procès de l’attachement aux biens matériels ne s’était pas privé à prendre l’argent dans les caisses de l’Église pour son confort personnel. Comment peut-il expliquer que l’obscur petit pasteur du C.C.O (Oyem) qui marchandait les notes à ses élèves au C.E.S. de Mfoul (Oyem) en 2004 quand il y donnait les cours de religion est, aujourd’hui, devenu un homme d'affaires prospère ? Il est triste de constater qu’il n’est pas le seul dans ce cas. La grande partie de ces hommes en noir sont des gens de mauvaise moralité. Ils sont aussi dangereux que ces truands qui écument les rues de nos villes. Des gens qui sont victimes du tropisme cupide, qui gagnent leur vie grâce au mensonge et qui sont auteurs d'actes répréhensibles. Dommage qu’il soit devenu difficile de montrer à nos parents le danger qui les guette en fréquentant ces assemblées. Mais la crise actuelle est sans doute le fer de lance de l’engouement que suscitent ces assemblées au sein de la société gabonaise. Ne dit-on pas souvent que le Diable se nourrit du malheur des hommes ?


Après plus d’une heure à subir les mensonges de cet individu, j’avais les nerfs à fleur de peau. Toutes les pensées diaboliques étaient passées dans ma tête. Je m’imaginais saisir cet énergumène et le pendre par le scrotum. En tous les cas, je l’agonissais d’injures au fond de moi. Mes pensées étaient tellement diaboliques que de temps en temps j’en rigolais, car j’étais en train d’avoir des pensées diaboliques dans ce que les autres appellent la maison de Dieu. Au-delà ce vil prélat, ce qui me révulsait encore plus dans ce temple, c’était l’attitude des ouailles qui semblaient ses affidés. Ils étaient prêts à me passer au pilori si jamais j’avais osé manifester ouvertement une infime partie de ce que je ressentais.


Ayant éjaculé ses élucubrations, le cochon lubrique nous invita donc à faire des offrandes. Sachant que l’argent que nous donnons en pareilles circonstances ne va pas dans les poches du pasteur, mais à la famille, j’ai donc pris mon sac, car j’avais là une occasion de sortir de ce temple. Je plongeai la main dans une des poches de mon jeans afin de prendre quelques billets. En passant devant la corbeille pour y mettre mes offrandes, je fis un sourire narquois à l’hôtesse. J’avais envie de lui dire « C’est toi qui chauffes les draps du pasteur ce soir hein ? », je ne dis rien, car je n’avais pas à être méchant avec elle. En sortant du temple, voyant tout ce bon monde enthousiaste derrière moi alors que leur berger était un truand, je fus soudain traversé par une pensée chrétienne « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Aussi, mon esprit était partagé entre la rage et la pitié. La rage contre ce menteur de pasteur et de la pitié pour ces brebis égarées qui se croyaient entre les mains d’un berger, mais, ils ne se rendaient pas compte que leur naïveté les avait conduits à la panthère. C’est à ce moment que j’ai rallumé mon téléphone et j’ai dû rappeler certaines personnes qui avaient laissé des messages. J’avais besoin de me relaxer et de libérer mon esprit des pensées noires qu’avait fait naitre ce cochon libidineux.


Et comme chantait Tupac : « Life Goes On ».

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