Le Rap et Moi …

Publié le par Aimé Richard

Voici plusieurs années que je fais du rap sans gagner grand-chose. Mais cela n’est point une source de dissuasion pour ma modeste personne, bien  au contraire. Je peux affirmer que ma motivation trouve sa source dans l’amour que je porte pour cette  musique. Cet  amour va au de-là du gain financier que le rap peut m’apporter. Cela est  sans doute la raison pour la quelle je fais du rap engagé politiquement  sachant que toutes les portes de la reconnaissance me seront fermées.  Faire du rap politique sans être inféodé ou phagocyté par un quelconque individu est une responsabilité qu’on doit assumer pleinement. Beaucoup de personnes nous collent des étiquettes à  tort car on est dans une certaine « kabalisation » des individus.  Cette amalgame est justifié par le fait que certains membres de notre corporation ont du plier l’échine à cause de l’appât du gain. Ces actes ont sérieusement écorné l’image du rap gabonais. Mon but n’est pas de faire le procès de qui que ce soit mais juste raconter ma rencontre avec le rap et surtout de présenter ici les différentes choses qu’il m’a permis de réaliser. Une précision importante est de mise, le rap n’est pas  ma religion même si mon discours peut quelques fois prendre la tournure d’un témoignage religion fait par une ouaille d’une église pentecôtiste.


Les origines de mon engagement politique


Comme beaucoup de ma génération c’est-à-dire ceux qui ont grandi dans les années 90, c’est à l’école primaire que j’ai connu le rap par l’intermédiaire de mes grands frères  et cousins qui avaient des groupes de dance. Les stars à l’époque s’appelaient LL COOL J, PUBLIC ENEMY, RUN-DMC, MC HAMMER, VANILLA ICE, ICE CUBE, N.W.A., … Cette période marque aussi arrivée sur les ondes d’un son MADE IN LBV je veux parler du rap gabonais (Rappeurs de La Côte-Ouest, V2A…). Je nourrissais déjà mon désir de faire du rap grâce notamment aux clips des KRIS KROSS. Je me disais que moi aussi je pouvais faire comme ces deux gamins alors je me suis mis à m’habiller comme eux (pantalon en dessous des fesses, raies dans les sourcils, pantalons et chemises boutonnés dans le dos…). A cette époque, je m’arrêtais juste à l’accoutrement histoire d’être à la mode (être branché comme on disait à cette époque). Mais le déclique fut l’arrivée du WU TANG CLAN. Ce groupe a particulièrement marqué mon adolescence. Je ne voulais plus cette fois n’avoir que le LOOK de mes idoles mais là je voilais maintenant faire comme eux c’est-à-dire pendre un micro et faire des rimes histoires de faire danser les gens tout en leur donnant de la réflexion.  Je voulais faire un rap qui concilie le fond et la forme, en somme je voulais châtier le maître en dansant comme disait Molière « Je châtie le maître en riant ». Mais pour atteindre cette mission je me suis mis à construire un idéal de combat qui devait caractériser chacune de mes prestations afin de marquer le rap de mon empreinte. Cet idéal devait découler de toutes les choses que j’avais acquises durant toute ma vie à l’école comme dans la vie. Surtout, je me suis mis à écouter les classiques du rap pour comprendre ce qui faisait leur force. C’est à ce moment que j’ai fait le choix de faire un rap qui parle de politique. Car bien qu’étant en adolescent, mes sujets favoris étaient la politique et le sport vue que mon père était homme public et comme toutes les jeunes, accro aux évènements sportifs. Le choix de la politique dans mes futurs textes s’imposait car je ne pouvais pas parler de sport dans mes lyrics et personne ne l’avait jamais par contre, je pouvais bien parler de politique tels KRS ONE, Public Enemy, SYA POSSI X… Et mon discours passerait bien. Les sujets politiques étaient donc mon dada et je pouvais sans hésitation les défendre devant n’importe qui car j’en avais de la ressource.  Le rap GANSTA et toutes les autres choses auxquelles je ne m’identifiais pas étaient de facto exclues.  Je ne voulais pas me mettre dans la posture de celui qui raconte des choses qu’il ne maitrise pas et qui se passe pour celui qu’il n’est pas. Les choix que je devais faire devaient me définir car la crédibilité d’un rappeur repose essentiellement sur ses textes et dans leur véracité. Souvent, un artiste est mis à mal par le fait qu’il ait dit des choses qui ne soient pas en conformité avec sa propre vie.

C’est fort de toutes ces motivations qu’avec des amis, on a créé un groupe de rap « HOLD-UP ». Ce fut pour moi un tremplin car  je pouvais maintenant mettre en pratique les différentes idées issues de mon introspection. Avec ce groupe j’ai pu bâtir un idéal de combat bien solide. C’est grâce à ce dernier que je me définis aujourd’hui.


Je fais du rap Hardcore sans penser à me taire


Souvent je me surprends à me poser  la question : pourquoi je fais encre du rap ? J’avoie que des fois je me retrouve pantois car après plus d’une décennie au service d’un art mal compris, instrumentalisé par ceux qu’on est censé dénoncé les déviances, mais je garde le même engouement. Le rap est inéluctablement une chose encrée en moi. Aujourd’hui beaucoup nous ont abandonné et souvent ils se moquent de moi chaque fois que je les croise dans la rue. Ils lancent des formules du genre « quoi, tu fais encore du  rap à ton âge ? ». Quel âge ai-je ? 27 ans aujourd’hui, je ne pense pas que ce soit un âge assez avancé quand je pense à celui d’ICE CUBE OU Dr DRE mais qui sortent encore des albums. Le problème des gens semblent être la raison qui les pousse à faire du rap. Comme dans toute chose, lorsque les bases sont mal établies, le reste ne peut tenir voila pourquoi beaucoup prennent des tournures et des orientations en déphasage avec celles de leur début. Souvent on est poussé à faire du rap pour une raison propre à un moment mais avec le temps, on prend du plaisir et on accepte ce que l’on fait.

Aujourd’hui, je fais un rap engagé politiquement sans être inféodé à  un quelconque parti comme je l’ai dit plus haut. Cette liberté de choisir me permet de garder ma liberté et surtout de ne pas être influencé. Mon discours est la seule arme que j’ai afin de lutter contre toute forme d’injustice. Me corrompre, c’est mettre en mal  tout ce que je défends. Alors chaque fois que je prends le stylo pour écrire  un texte, j’ai en tête les réactions des gens qui m’écoutent et qui me connaissent. Je ne veux pas trahir ceux qui croient en moi et donner l’occasion à ceux qui fustigent notre type de rap de se frotter les mains. Comme disais KOOL SHEN (rappeur du groupe français NTM) : «porter le sceau de ceux qui dérangent est un honneur », ma satisfaction est issue de la reconnaissance des gens et surtout lorsque je sais que la vérité qui découle de mes textes mettra en mal les démagogues et les kleptocrates de la république. Notre but n’est pas de faire de la provocation ou de tirer l’attention des décideurs afin de profiter de leur faveur mais de leur faire comprendre qu’une bonne partie de la jeunesse a des choses à dire et qu’elle veut que ces choses bougent.

Mon engagement rapologique est nourri par l’injustice sociale qui gangrène notre pays en particulier et de  l’état chaotique dans lequel il semble plongé en général. En effet, le pays va mal et nul n’est censé l’ignorer car les faits sont criards. Mais les gens sont obnubilés par leur intérêt propre qu’ils préfèrent fermer leurs yeux et taxer d’opposition tous ceux qui osent dire haut ce que le commun des citoyens pense bas. Et c’est celui qui veut porter haut la cause des démunis et les victimes de l’oppression qui est ostracisé des fois par ceux qui doivent les défendre. La réalité est souvent pathétique mais cela n’altère en rien ma mission dans le rap. Prendre position c’est avant toute chose une marque de courage c’est-à-dire prendre la responsabilité de les dire comme les sont avec tous les risques qui suivent (« La vérité est l’art de ceux qui n’ont pas peur »). La vérité blesse vraisemblablement   voila pourquoi certains ont du mal à l’accepter. Mais si on se met tous à la langue de bois et cacher des choses au peuple, nous participerons en quelque sorte à sa crétinisation. Le rappeur que je suis s’interdit ce genre de positions car tout être humain a besoin d’instruction et cette instruction peut bien provenir de la musique notamment du rap. La plus grande partie de la jeune a plus de CDs que de livre. La musique de vient leur nouveau moyen d’instruction. Et dans la mesure où tout le monde se mettait à dire des élucubrations, on va se retrouver avec une jeunesse qui n’a rien dans la tête qui viendra augmenter les chiffres de la délinquance. Malheureusement, nous peignons ce sombre tableau. Demain, qu’allons nous dire à nos enfant ? Que le rap est une musique vile et qu’on n’a pas besoin de beaucoup de réflexion, qu’un texte merdique écrit en 10 minutes fera l’affaire. C’est vraiment plat comme réflexion, ce qui est dommage c’est le fait que cette opinion ne soit pas partagée par beaucoup de personnes.

En somme, je  fais le rap comme  je l’aime et viens pas me dire de changer afin de faire plaisir à une bande d’individus qui ne représentent pas. De faire le jeu de médias si je compte passer en boucle sur dans les télés ou dans leur radios. J’ai des idées et je les défends. Tel avec mes compères ou au sein du MINISTERE AMINDSUK. Que les gens ne s’attendent pas à me voir faire ce que je n’ai jamais fait. Mon rap est porté sur la réalité sociale et est marquée par la politique sans visée électoraliste. Que les gens ne s’attendent pas à me voir appeler au soutien d’un quelconque homme politique si cela arrive c’est que je ne fais plus du rap.    

Commenter cet article

Dommage Morray 17/10/2015 17:19

Super article! N'hésite pas à faire un tour sur http://dommagemorray.over-blog.com/ pour plus de culture Rap!

Nguema Ndong 17/10/2015 18:40

Bonjour, je ne manquerai pas.

BlogOFYou 16/04/2011 17:05


pour ceux ki écoute du rap rnb des nouveautés a chaque sortit des meilleurs son du moment ;) THEWORLDANDYOU.OVER-BLOG.COM


Roselyne 22/12/2010 20:34


j'avoue que ton texte me touche beaucoup. il est tellement fort, une chose est sure, il t'a simplement suffit d'ecouter ton coeur pour l'ecrire.
maintenant, je comprends ton amour pour le rap.
j'avoue etre un peu mais c'est insensé de ma part.
bref,la raison fondée d'une cause, d'un combat est la foi. et tu l'a. je t'encourage dans ton action. saches qu'aujourd'hui plus que jamais, je crois en ce que tu fais et je sais qu'aussi infimes
que seront les resultats, tu auras fait ton devoir, t auras posé ta pierre à l'édifice que tres peu continuent de construire.
bonne chance!