Le rappeur et la sape

Publié le par Aimé Richard

Le besoin de se vêtir est inhérent à chaque être humain. Mais celui de bien se vêtir est sans doute le moins partagé au monde. Chacun oriente le choix de ses vêtements par rapport à ses aspirations et surtout par rapport au domaine dans lequel il se sent le plus représenté. Pour chaque adepte du hip hop, bien se vêtir est une obligation. Le hip hop tel qu’il fut défini par les membres de la Zulu Nation de BAMBATA  considérait que les adeptes de ce mouvement quel que soit l’endroit où ils se trouveront devront avoir un look qui leur soit propre. Ce style est communément appelé le STREET WEAR. Ainsi, lorsqu’on dira d’un B. boy   qu’il est bien habillé, ce ne sera pas son costume Armani ou Versace qui sera complimenté mais ses baskets, son jeans, sa casquette,… Le jugement est porté ici conformément à la mode dans le hip hop. Cette façon de voir les choses n’est pas une sorte de ghettoïsation des adeptes du hip hop mais simplement une façon de comprendre qu’il existe un style vestimentaire propre à cette culture née dans la rue et qui évolue au fil des années tout en gardant son substrat.

Le style vestimentaire est aussi important que le style rappologique (le flow). Toutefois, une certaine catégorie de personnes a tendance à penser autrement en invoquant la fameuse maxime « l’habit ne fait pas le moine », mais c’est grâce à la soutane qu’on reconnait le moine. Le look des rappeurs est un élément d’identification  important. Pour ces personnes, c’est faire le culte du vêtement au même titre les Sapeurs congolais, une façon de promouvoir la société de consommation en nous mettant en contradiction  avec certaines valeurs défendues par le hip hop. De telles pensées fourvoient inéluctablement ceux qui croient en cela. Le rappeur doit se distinguer des autres artistes et vivre pleinement sa culture. Ce look que d’aucuns taxent de délinquance, n’en est nullement  le cas. Car les baggies, les Sweat-shirts, les baskets, grosses chaînes  et autres ont toujours été présents dans ce mouvement et on y a bien vu émergé des valeurs positives.

Bien s’habiller est donc un devoir pour le rappeur, il doit soigner son image afin de vendre sa musique. Ce n’est pas une façon pour lui de se prostituer. Le groupe  RUN-DMC est devenu l’un des plus mythiques de l’histoire du rap grâce en partie au respect de ce principe. Alors que le rap faisait ses premiers pas dans l’industrie du disque, certains groupes n’osaient pas s’afficher sur les photos de leurs albums avec des habits propres au B. boys, eux n’ont pas hésités à le faire en posant sur la photo de leur album avec le look de la rue. Puis, ils ont tout déchiré avec le morceau « My adidas » qui est une sorte d’hymne à la basket « super star » de la marque aux trois bandes. Cela est donc devenu une mode pour les rappeurs de tout bord, chacun devait venter la richesse de sa garde-robe. Les noms de certains rappeurs des années 80 sont évocateurs tels que E fresh, Da Fresh Prince, … Par la suite, les rappeurs ont continué sur cette route en montrant leurs vêtements. Ce phénomène touche en même des rappeurs dits underground que ceux dits mainstream, ainsi Ghostface du Wu Tang n’arrêtait pas de se venter par rapport à sa collection de casquette. Tout comme Jay-Z ou Passi  qui se ventent de ne mettre que des baskets blanches. Personne n’a oublié ces mots de Passi dans Cours plus vite que les balles du Ministère AMER  «…quand je repense à l’état de mes blanches baskets.. » ou dans Le maton me guette « … j’ai remis ma casquette, mes lunettes et mes blanches baskets… ». Mêmes de rappeurs donc le discours est parfois proche de l’extrême gauche comme JEdi Mind Strick n’hésitent pas à faire étalage de leur passion pour les chaussures. Dans le documentaire The story of Jedi Mind Strick, on voit Vinnie Paz et un pote aller acheter (pendant leur tournée) un nombre important de baskets.

Les exemples sont légion dans le hip hop afin de comprendre que le rappeur doit garder le look B. boy ce qui lui confère une certaine crédibilité auprès de ceux qui en sont les premiers consommateurs. Malheureusement, lorsque certains rappeurs ont acquis par le biais du favoritisme du succès, voulant marquer la différence avec ceux qui sont restés dans l’ombre, ils se mettent en costume cravate dans chacun de leurs clips. Ces genres de comportements dénotent du manque de clairvoyance de ces pseudos adeptes du hip hop. En effet, ces derniers n’ont pas encore remarqué qu’un mec comme Will Smith, super star à Hollywood, n’hésite pas à aborder le look B. boy quand il se remet à faire du rap. Pis encore, des animateurs d’émissions dites de Hip Hop qui le font en costume cravate. Lorsqu’on regarde ce genre de programme on se demande si on n’est pas en train de regarder le journal télévisé. Ces genres d’errements ne font que créer la confusion dans les têtes des frères et sœurs n’ayant pas de connaissances bien solides en matière hip hop.

Toutefois, il est bien de relativiser les choses, les adeptes de hip hop pour la plus part ne vivent pas de leur passion. Il n’est donc pas impossible d’en croiser avec d’autres types d’habillements. La société dans laquelle le rappeur ou le B. boy vit impose certaines règles afin de profiter de ses fruits. Toutefois,  même si le hip hop reste avant tout un état d’esprit qu’il faut assumer au quotidien, l’adepte du hip hop ne peut pas vivre sans avoir des accessoires propres au mouvement. Même si il a une fonction qui ne lui permet pas de se mettre quotidiennement en B. boy, mais quand il agit sous l’étiquette de rappeur, qui respecte le look de rappeur. Car rien de plus beau que voir des rappeurs en baggy, casquettes, jeans, T-shirts, polo, Timberland Boots, …    

NB : je dédie cet article à tous les old timers qui traversent les époques, ceux qui ont plus de 50 ans et qui continuent à vivre leur passion pour le hip hop tout en occupant d’autres responsabilités. Grâce à ces personnes, on pourra comprendre que le hip hop n’est pas avant tout un mouvement pour adolescents. Aujourd’hui, le rock qu’on considérait comme une passion juvénile est  défendue par des personnes qui ont plus de 70 ans et  qui pour certains en sont encore les acteurs majeurs.

HIP HOP for life …ilovehiphop.jpgilovehiphop

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