Villégiature à Mbwema (part 1)

Publié le par Nguema Ndong

Je me suis absenté pendant plusieurs années de mon village pour des raisons d’études et pour bien d’autres. Beaucoup de mes frères au hasard d’une rencontre à Libreville me faisaient souvent grief de cette absence prolongée. Chaque fois, je les priais de m’en excuser et à la prochaine occasion j’allais y faire un tour. J’avoue que la nostalgie de tous ces endroits où j’ai grandi m’attristait énormément. Cette nostalgie avait fait l’objet d’un texte que j’ai publié dans ce blog il y a plus d’une année (LA NOSTALGIE D’OYEM). Au fil des jours, je nourrissais l’envie d’un séjour à Mbwéma dans l’optique de revoir tous ces endroits, mes parents et mes amis que je n’avais pas vus depuis longtemps. Je suis un enfant du village, il m’est presque impossible de penser ma vie hors de ce lieu même si certaines pesanteurs m’ont contraint à le quitter. L’encrage au village semble génétique pour toute personne qui y a grandi. Comme l’énonce la loi de la gravité, tout ce qui monte redescend. Le retour au village s’impose à moi. Peu importe les années passées en ville, je resterai à jamais un villageois.

 

Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas mon village. Ngouéma est son nom sur les cartes administratives et même sur la carte proposée par Encarta, l’encyclopédie de Microsoft. Le nom exact est Mbwéma, c’est l’administration coloniale qui l’a francisé. À l’origine, c’est Evona Ossogsok (dit Evouna Mezui) qui fonda ce village après s’être séparé de ses frères qui allèrent fonder à leur tour les villages Abiane et Andôm Odzip. Attiré par la ville, il migra (avec sa suite) en territoire Nkodjeiň. Lui qui était Odzip, il s’installa entre deux villages Nkodjeiň à savoir Oken-Akoa et Adzab Bilone. Les riverains estimaient que son village était enclavé dans ce territoire Nkodjeiň, mais lui il s’en vantait affirmant que c’était une preuve de bravoure. Le nom Mbwema vient du verbe Mbweme qui veut dire être assis ou installé avec autorité. Les aficionados du Mvett se souviennent sans doute du chant de Mvom Ekô repris par Serge Abessolo « Me Mbweme a ngaɳ ayop eeeh, ya ! ». Aujourd’hui, Mbwema est un quartier du deuxième arrondissement de la ville d’Oyem. Ses principales attractions sont le marché municipal et la gare routière. On y trouve aussi un centre de formation et une école publique, l’une des plus anciennes de la commune. Les autochtones sont de la tribu Odzip, mais avec le temps, d’autres populations se sont ajoutées créant ainsi un melting-pot tribal. La disposition des habitants est simple. Les autochtones habitent en bordure de route quant aux nouveaux arrivés, ils ont acheté des terrains qui jadis servaient de plantation. Ils sont de ce fait logés derrière les maisons des autochtones. Ces arrivées massives des populations pour la majorité originaires du département du Woleu ont permis une extension du village, mais également un accroissement significatif de sa population.

 

Ayant perdu l’habitude d’aller passer l’Oyone (la saison grande sèche) au village, je profite de certains évènements au sein de ma famille pour y faire des tours. C’est donc grâce au mariage de l'un mes aînés au cours de la dernière Oyone que j’ai pu faire le voyage tant attendu. Comme il est de coutume pendant cette période, les agences de voyages font leurs meilleurs chiffres d’affaires et les chargeurs redoublent d’insolence. Un gamin de moins de vingt ans rabroue sans vergogne un adulte qui fait deux fois son âge au détriment des règles de respect de la préséance qui caractérisent notre peuple. Si on espère avoir une place, il faut être dans les agences à partir de 19 h pour démarrer à 3 h ou 4 h du matin le lendemain. Parfois, il faut quitter son domicile à 1 h du matin avec le risque de se faire dépouiller. Après toutes ses tracasseries, il faut prier pour que l’on embarque et ça, c’est une paire de manches. Il arrive parfois que l’on reporte votre voyage parce qu’il n’y a plus de places et on doit revenir le lendemain affronter les mêmes difficultés. À défaut, on s’oriente vers le PK8 en face du Marché Banane en ayant l’espoir d'embarquer à bord des voitures des particuliers. Ce sont en général des personnes qui vont en vacances dans leur village et elles ont besoin d’un peu de sous pour faire le plein de carburant. Ici, on parle de Bagdad ou de Dzibissi-Voyage (Dzibissi = Obscurité ou pénombre), deux appellations qui renvoient à un capharnaüm. Le nom Bagdad a été donné à ce circuit parallèle au lendemain de la deuxième Guerre du Golfe qui a conduit à chute de Saddam Hussain. L’anarchie était dans cette ville à son acmé. L’insolence et la sauvagerie des travailleurs de Dzibissi-Voyage sont semblables à celles des combattants de l’Armée du Mehdi.

 

Une fois embarqués, à bord d’une voiture dont l’état n’est pas une source de confiance, les voyageurs sont entassés comme des sardines. Le chauffeur présente toujours des signes de fatigue résultant d’un cumul d’arriérés de sommeil, car ayant multiplié les voyages ce qui augmente considérablement le risque de finir au fond d’un ravin, la foi en une force surnaturelle protectrice est donc le principal compagnon du voyageur. Tout au long du parcours, on voit des épaves qui jonchent le bas de la route. Ce qui nous rend de plus en plus anxieux. Les croisements avec les grumiers sont des moments de panique, car nombreuses sont les familles qui ont été endeuillées lors de ces croisements. Mus par les différentes primes que leur octroient leurs employeurs, les chauffeurs de ses engins sont les maîtres de la route. Depuis un moment, on a même vu l’arrivée des conducteurs de grumiers chinois, l’Empire du Milieu ayant aussi décidé de participer à la déforestation de notre pays. L’état de la route à certains endroits rappelle des zones de guerre. Ne se préoccupant pas l'état de décrépitude de la chaussée, les chauffeurs des bus de transport roulent à tombeau ouvert comme s'ils voulaient rivaliser avec les pilotes de Formule-One. Il faut croire qu’ils caressent tous le rêve d’avoir la renommée du légendaire AWAX qui nous a quittés il y a quelques années. D’après ce qui se disait, AWAX était un as du volant qui pouvait enchaîner des voyages entre Libreville et Oyem pendant 3 jours et trois nuits sans fermer l’œil une seule fois. On disait qu’il ne craignait pas la mort et que sa voiture avait l’air de flotter, car elle roulait tellement à vive allure. Il aurait survécu à plusieurs accidents de circulations et pour faire face à ses nombreuses fractures, on aurait remplacé sa structure osseuse par une structure métallique.

 

Ce voyage n’est pas fait uniquement de péripéties. Il y a également d’agréables rencontres qui s’y font comme ces demoiselles graciles et nubiles aux poitrines proéminentes telles des cabosses de cacao que l’on aperçoit se baignant en tenue d’Adan   dans ces rivières qui jouxte la route. Ces divines baigneuses ajoutent un peu d’érotisme à ce paysage bucolique à la verdure luxuriante. Certains chauffeurs épris des corps nus de ces baigneuses prétextent le réchauffement du radiateur pour aller remplir leurs bidons d’eau à la rivière. Les voyageurs lubriques emboitent le pas au chauffeur afin d’aller se rincer l'œil sur les parties érogènes gracieusement dévoilées par ces houris qui ne semblent pas perturbées par la présence de ces voyeurs dont l’enivrement se lit sur les visages. Les sarcasmes et les foudres des voyageurs restés dans le bus fusent alors le chauffeur redémarre. Bientôt on arrive à Assok-Begue qui est le premier village du Département du Woleu. Il nous reste à faire quelques kilomètres de route avant d’arriver à Bibas (carrefour des routes de Mintzik, Medouneu et Oyem) où l’on prendra bien sûr quelques paquets de silure. Juste 20 ou 30 min de route après et nous voilà arrivés au marché de Mbwema.

 

À suivre…

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