Cher hip hop!

Publié le par Nguema Ndong

J’étais encore étudiant il y a environ 10 ans déjà quand j’ai écrit ce texte. À l’époque, nous étions sur l’enregistrement de notre premier album Andgo et moi. Je constate qu’en presque une décennie, rien n’a changé dans le domaine du rap. Les rappeurs, pour la plupart, demeurent allergiques à la culture et leurs interviews sont des supplices pour les téléspectateurs. Ils estiment que la salle de musculation est plus importante que la bibliothèque. Alors, on met tout dans les pectoraux et rien dans le ciboulot. Quant aux animateurs, j’ai simplement arrêté de regarder et d’écouter les émissions consacrées au rap.

NB : le titre de cet article est une reprise de la chanson de LL Cool J Dear Hip-hop.

Pour beaucoup de jeunes, le rap est le miroir de la société. Ses acteurs représentent des modèles auxquels une franche importante de jeunes veut s’identifier. Pour ce faire, les rappeurs doivent prendre conscience de l’impact qu’ils ont sur ces jeunes en adoptant un comportement plus décent aussi bien dans leurs textes que dans leurs vidéos.

Loin de vouloir faire le procès d’un certain rap et de nous positionner en rappeur authentique, dans le présent article, nous voulons relancer le côté positif que le rap semble avoir perdu au détriment du culte de la médiocrité et la luxure. En effet, il est bien loin l'époque quand le slogan de la Nation Zulu (Peace, Love, Unity And Havin’ Fun) avait tout sens. Aujourd’hui, on nous fait comprendre que le phénomène a grandi et les centres d’intérêt aussi. On se rend malheureusement compte que nous, les acteurs du mouvement, sommes en train de donner raison au message de la chanson culte de X-ZBIT Paparazzi dans laquelle il disait « it’s shame in rap game, only for the money in fame» ceci pour dire que c’est dommage dans le monde du rap, les mecs n’en ont que pour l’argent et le succès. Afficher de tels comportements ne fait qu'entériner les préjugés d'une partie de la population qui a une aversion pour le rap le considérant comme un refuge des cancres ayant un vocabulaire qui se limite à quelques gros mots et onomatopées.

Comme pour la plupart des nostalgiques de la grande époque du rap, nous promouvons la réappropriation de la culture hip-hop par ses acteurs. En toute évidence, pour le cas particulier du Gabon, il y a beaucoup d’apprentis sorciers, des gens n'ayant aucune culture hip-hop, qui s'en prévalent dépositaires. Le phénomène est plus perceptible dans le monde de la radio et de la télévision. Des gens dont la connaissance du rap se limite à 50 CENT, LIL’ WAYNE, BOOBA, SINIK… et qui disent qu’AKON est un rappeur ou que le slam, le raga et même le R&B sont des musiques qu’on retrouve dans le hip-hop. NTM dans son cultissime premier album au titre évocateur AUTHENTIK disait « tu crois passer du rock au rap en claquant des doigts… ». Ceci pour dire qu’il faut avoir une certaine connaissance du domaine dans lequel on veut officier, afin d’éviter d’être comme le cheveu dans la soupe. Nous sommes capables de dire et avec véhémence que la plupart des animateurs se retrouvent dans cette situation et si certains veulent savoir pourquoi on ne diffuse qu’un rap enclin à la platitude ceci est l’une des potentielles raisons fondamentales.

Dans le domaine du rap, dire que les animateurs sont les seuls responsables du déclin serait faire preuve de manque d’objectivité. En effet, les principaux acteurs que sont les rappeurs ont aussi une grande part de responsabilité. Tout comme les animateurs, plusieurs rappeurs sont des cheveux dans la soupe, des mc’s sans aucune connaissance du hip-hop qui ne connaissent rien de PUBLIC ENEMY, CURTIS BLOW, RUN AND DMC, KOOL G RAP, BRAND NUBIANS, WU TANG CLAN, ERICK B AND RAKIM, GANGSTARR, NWA, JERU DAMAJA… Lorsque l’on parle de culture, on ne veut pas se cantonner qu’au hip-hop. Le rappeur doit avoir une vision panoramique du monde afin que les thèmes abordés dans ses textes soient multiples. Il se doit d’avoir une connaissance sur l’histoire, la politique, les grands penseurs... Un rappeur doit avoir une tête bien faite pour que ses arguments soient pertinents lors des interviews. Cela participerait aussi à la réhabilitation un tant soit peu de l’image écornée du rappeur. Cet apprentissage ne se fait nécessairement pas par l’école même si on reste persuadé que l’école est un élément important dans le processus d’acquisition des connaissances.  Néanmoins, on peut également se faire sa propre culture via la lecture dans des bibliothèques, sur Internet ou quand on a des moyens d'acquérir des œuvres à la maison.

Le rap a été un acteur important dans la vie de beaucoup parmi nous, la perte des valeurs dont il est l’objet ces dernières années est une gangrène que ceux qui connaissent l’importance de cette musique doivent combattre avec la dernière énergie possible. Que chacun de nous trouve le moyen d’assainir son environnement. Que les rappeurs revoient leurs textes et évitent de se faire instrumentaliser par les politiques. Le rappeur au fil des années a acquis le symbole du contre-pouvoir, mais c’est dommage comme pour de l’argent, les gars se font avilir et arrivent à faire des morceaux pour des hommes politiques véreux. Des hommes, qui volent l’argent des contribuables, participent à la paupérisation des populations, des gens qui ne sont pas des modèles auxquels on pourrait s’inspirer. Curieusement, ces gens sont loués dans des morceaux des soi-disant rappeurs hardcore pour qui ces mythomanes et kleptomanes sont les sponsors.

 

                                     Libreville, novembre 2008

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