L'identité fallacieuse

Publié le par Nguema Ndong

« Lorsqu’on milite pour une cause, quelle qu’elle soit,

 on applique ses idées, ne serait-ce que pour montrer l’exemple. »

Alain Mabanckou, Le Sanglot De l’Homme Noir

Le goût de l’ostentatoire prime actuellement. Nul ne veut plus vivre son fantasme sans qu’il cherche à pomper l’air de ses voisins. Que ce soient les chrétiens ou musulmans (surtout les néophytes) avec leur prosélytisme agressif ou tous les autres excités des épithètes qui tournent autour de l’Afrique. Ces derniers sont de véritables plaisantins de premier ordre. Ils illustrent parfaitement l’ambivalence du nègre aliéné. Ils misent tout sur le paraître, pour cacher leur impéritie, alors que le fond est d’une vacuité substantielle qui confond l’entendement. « Quand on n’a rien à dire, on soigne le fond de scène et on multiplie les objets ; quand on dit l’essentiel, une table, une chaise, un meuble suffisent » dixit Michel Onfray. Chez les fangs, on qualifie de « Eyoŋ » ce type de personnages. Être Eyoŋ renvoie à une espèce de noix qui ne présente aucun défaut sur la coque, mais à l’intérieur, elle n’a aucune amande. D’autres parleront de tonneaux vides.  

Jadis, je voulais souvent les suivre dans leurs paralogismes, mais je me suis vite rendu compte que je n’étais pas Jean-Paul Sartre pour disserter sur le néant. Alors, j’ai tourné le dos à Spinoza, car au lieu de ni rire ni pleurer pour les comprendre, je me suis mis à rire chaque fois que je lisais une publication d’un de ces illuminés de kamite, africaniste, afro-centriste, nappy et consanguins. Ces énergumènes ne sont qu’une engeance d’imposteurs en mal d’identité, qui cherche à exister sur les réseaux sociaux (principalement) afin de pondre et de diffuser leurs idéologies toxiques. Discuter avec un de ces illuminés, c’est comme prévenir une ouaille de la dangerosité de son gourou. Pour rien au monde, il ne vous accordera le moindre intérêt. Il a lu — probablement pas — Obenga, Ki-Zerbo, Biyogho ou Anta Diop par conséquent, il est devenu une âme éclairée et vous le contrevenant, vous n’êtes qu’un simple aliéné qui ne sait rien. Au pire des cas, vous êtes taxés de soumission à l’impérialisme occidental. Entre vous se dresse une espèce de mur qui fait obstacle à tout débat constructif. Aucun échange possible. Aucune lumière ne naît d’une telle chicane. La sagesse nous enseigne dans ces cas-là à quitter la discussion.   

Pour revenir à l’affichage de soi et au narcissisme, je me souviens d’une rencontre des plus cocasses. J’avais croisé, cela fait un moment déjà, une kamite-nappy (le kit complet). Elle avait décidé de me faire leur catéchisme — je suis toujours ouvert à la discussion à un tel point que je me suis souvent fait taper dessus par des Pingouins fanatisés. J’ai constaté une première chose, ma kamite-nappy ne parlait aucune langue gabonaise et elle avait un accent de Français (comme une Bourguignonne pourtant elle a grandi et elle a fait du cycle primaire au cycle secondaire à Libreville). Deuxième chose, mon interlocutrice était incapable de me dire son arbre généalogique. Mais elle se contentait de me servir à profusion les éléments de langage de la logorrhée ses gourous (ces propagandistes de la vingt-cinquième heure comme les appelle Alain Mabanckou). Elle se prenait pour Winnie Mandela pour le simple fait qu’elle avait des cheveux crépus. Ce signe capillaire ferait d’elle le symbole du renouveau africain et lui donnerait le quitus à juger qui bon lui semble. Jusque-là, la discussion était des plus courtoises, mais l’hilarité qui la saisissait chaque fois que je lui répondais me fit sortir de mes gonds. En fait, la demoiselle ou la Nubienne (je ne sais même pas comment l’appeler) trouvait que mon accent fang (d’Oyem) était trop prononcé et dans son entendement de kamite-nappy, cela était une tare (on peut déduire).

J’exécrais ses sarcasmes tant ils témoignaient son abyssale stupidité consubstantielle aux bipèdes décérébrés de son espèce. Comment peut-on rire de l’accent de quelqu’un ? Autant mon nom est un marqueur de mon identité, autant mon accent l’est également. J’ai appris à bien parler français à l’école et j’ai quitté mon village pour l’université. Sans le baccalauréat, je serai sûrement encore dans le Mbwéma natal de mon père. Il est donc normal que j’ai cet accent régional. Je parle comme les gens de chez moi et c’est de façon naturelle donc je suis authentique. Sur la question, je citerai Alain Mabanckou qui dit : « on ne parle pas mieux une langue, quelle qu’elle soit, parce qu’on a un bel accent, mais parce qu’on sait jouer avec ses règles ». J’aime mieux avoir cet accent que de m’encombrer de cauris et d’autres artefacts qui ne sont que le signe d’une espèce d’exotisme et de folklorisme que ces aliénés veulent vendre aux Occidentaux. Il y a longtemps, les miens ont quitté la forêt et cela fait des années que les fangs ont cessé de porter les cache-sexe (Mpima). Pourquoi devrais-je m’habiller ainsi, en 2018 ? Depuis plusieurs lustres, les zoos humains ont fermé en Europe, mais beaucoup ont encore envie qu’on les y expose tout simplement pour avoir une petite attention de la part des anciens colons. Ils sont mus par ce même tropisme lorsqu’ils mettent à nu les secrets des sociétés initiatiques. La vulgarisation des interdits du Bwiti par ses propres adeptes est la plus pertinente illustration de ce phénomène. Parce que l’on veut avoir du succès en Europe ou ailleurs, on décide de dévoiler ce que l’on a caché pendant des générations. Si cela n’est pas ployer sous le diktat des autres en l’occurrence de l’industrie du disque (occidentale). Quand on se met à parler publiquement des mystères du temple (Ndzimba), un seul objectif guide cet acte : plaire aux labels occidentaux et aux consommateurs de ces pays. Et on prétend être un fauve qui défend sa tanière. Balivernes ! L’art s’accommode mal de l’hypocrisie et de l’imposture. Tôt ou tard, la vérité triomphe de la duplicité. Les Kemites et leurs consanguins vivent dans un passé fantasmatique d’une Afrique édénique. Ils rendent le reste du monde coupable de leur situation. Mais quand les autres se battent pour guérir le cancer, le principal intérêt de bon nombre d’entre eux est de prouver que Jésus était noir.

Cette demoiselle est archétype de l’excité du ciboulot qui se cherche. D’ailleurs, l’un de leurs leitmotive est le retour aux sources (aux pyramides pour les plus extrémistes) ou la réappropriation de leur culture africaine. Personnellement, ce combat est à des années-lumière de mes préoccupations quotidiennes. Je n’ai jamais perdu mon identité. Je sais qui je suis et d’où je viens. Je ne me cherche pas dans les livres, mon savoir n’est pas essentiellement livresque — je ne fais pas du psittacisme de Tsira Ndong Ntoutoume pour prouver la connaissance de ma culture. Au contraire, mes différentes lectures viennent en renfort à mon bagage intellectuel — sans elles, je peux bien survivre. Il faut éviter de confondre les combats. Je ne suis pas un Antillais ou un Afro-Américain pour parler comme ces derniers, bien que je soutienne leur lutte, mais ce n’est pas en elle que je m’identifie. Quand on vit à Libreville et que l’on veut s’exprimer comme à Auxerre, en se coupant de tout ce qui peut vous lier à votre origine ethnique, il ne faut pas venir se plaindre après. Les pagnes et les cauris ne vont rien changer à votre aliénation. La quiddité de mon être réside dans mon bagage culturel — ce que Bonaventure Mve Ondo appelle l’univers de signification — et son principal véhicule est le fang. C’est dans cette langue que l’on fit mon éducation, elle porte en elle mon ipséité. Je ne peux concevoir mon héritage Ekang sans le prisme de la langue, car c’est elle qui le charpente. De ce fait, elle devrait demeurer une forteresse inexpugnable aux assauts des langues conquérantes. Alors, que tous ces bipèdes excités commencent à parler leur langue maternelle et l’on saura combien de fois ils affectionnent leur africanité !

Bref ! Ce sont tous ces guignols qui pullulent sur Facebook en pagne (en cauris ; en cache-sexe ou avec le visage grimé de kaolin comme des clowns) qui ont honte de parler et même d’apprendre leur langue maternelle. Ils ont aussi un amour viscéral de l’Europe qu’ils prétendent honnir. Soit ils y vivent (en ayant des emplois de clochards qu’ils n’accepteraient jamais dans leur pays d’origine), soit ils y passent des vacances — il faut voir, comment ils se surpassent pour aller dépenser leur argent en Europe pendant que la forêt envahit leur village et que des étrangers s’y sont installés. En tout cas, leur village n’est qu’un lieu d’exotisme, de villégiature où ils n’y vont que pour des selfies ou pour enterrer un parent que les derniers résidents n’avaient jamais connu. Ils séjournent dans leur propre village comme de parfaits touristes. Ils ne parlent qu’en français ; ils adoptent un régime alimentaire différent du reste de la communauté ; ils sont chez eux comme s’ils étaient des étrangers. Et après l’enterrement, ils démarrent leurs voitures et ils ne reviennent plus dans ce lieu. Ils laissaient la tombe de leur proche croupir sous de hautes herbes. De retour à la capitale ou en ville, ils exhibent pleinement, sur les réseaux sociaux, les photos de leur séjour en prétextant la fierté de leur origine. À cause de la pollution de ces énergumènes, il n’est plus plaisant de faire un tour sur Facebook. Quant à Instagram, c’est une autre paire de manches.    

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E
Le sujet abordée aussi claire comme de l' eau de roche mais lorsquel nos convictions sont fondées sur les pensées des autres c'est que nous n'avons soit jamais pensé, soit nous avons arrêté de penser,cela s' appelle le dogme et Dieu sait à quel point il est difficile de réanimer un cerveau plongé dans un liquide dogmatique
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N
Mon grand oncle...sur la meme longueur d'onde a 95%. Enfin un peu de veritable esprit critique...et en effect il faut plus de 4 lignes pour developper sur ce theme. Quelques termes issus du Petit Larousse de 1746 me posent encore probleme. Mais le fond est bien la. Fa v'ossou...
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N
Akiba abwign...