Le passé est un long futur

Publié le par Nguema Ndong

Ce texte date de février 2015. Je l’avais initialement publié, à cette époque, sur ma page Facebook quand plusieurs anciens ouvriers du système Bongo-PDG commençaient leur transhumance vers les pâturages de Jean Ping. 

Depuis que certains ont goûté à l'amère saveur de l'opposition au Gabon, en 2009, j'ai l'impression que l'idée d'une prescription sur les crimes commis avant cette date s'installe dans l'inconscient de leurs sympathisants. Aujourd’hui, on érige cette année comme date-charnière dans la situation de paupérisation des Gabonais. J’aimerais bien croire qu’avant cette année, le Gabon était le pays où il coulait le miel et le lait. En toute franchise, j’estime qu’un tel discours procède de la mauvaise foi et de la démagogie qui animent certains hommes politiques. Cela n’est rien d’autre que le déni de leur échec. Nul ne veut battre sa coulpe, on nous inonde de contorsions intellectuelles qui trouvent malheureusement preneur.

Quand j’étais étudiant, j’avais un enseignant qui m’avait tenu presque durant toute ma formation. Après l’élection législative de 2006, au premier cours que nous eûmes, il étala sa fierté d’avoir œuvré à la victoire de son candidat. Il nous vanta son expertise en communication, car pour lui, cela était un gage de succès. Il soutenait Jean-Christophe Owono Nguema pour le compte du PDG qui avait comme principaux adversaires Vincent Essono Mengue du RPG — il était maire d’Oyem à l’époque — et Raymond Ndong Sima de l’UGDD. À l’annonce des résultats qui donnaient le PDG gagnant, il eut quelques protestations à Oyem. Ce fut également le cas dans notre salle de classe, car quelques-uns de mes camarades brochèrent en disant à notre enseignant que le PDG avait usé de sa machine à fraude. D’habitude, il aurait mal pris une telle incartade, mais il répondit avec une attitude commune aux hommes politiques gabonais quand ils sont au pouvoir, la morgue. Ce monsieur lança une diatribe contre les deux adversaires de son poulain. Le discours qu’il a tenu ce jour de 2007 est identique à celui de Billié By Nzé à chaque démission du PDG.

2009 arriva et il fit campagne contre le PDG, comme la plupart de ceux qui ont cru que 3M allait enfin, comme par miracle, valider les vrais résultats des urnes. Il n’est nullement besoin de rappeler ici ce qui s’est passé durant cette élection présidentielle. La machine à fraude qui aida mon enseignant et son poulain trois ans plus tôt se retourna contre eux. Quand l’année scolaire arriva, le discours de mon professeur avait changé. Chaque jour, les "multilauréats" du Pulitzer de la RTG étaient voués aux gémonies. Pour lui, depuis quelque temps, le discours de cette chaîne de télévision était devenu nauséabond. Au fond de moi, j’en riais et j’avais envie de lui dire « Welcome in the club ». Nous qui avions la détestation de cette chaîne depuis des années, nous étions taxés à une époque par ces néophytes de l’opposition d’aigreur. Je me souviens de lui, lors de mes premières années à ses cours, vantant les mérites des journaleux de la RTG, mais le hold-up électoral de 2009 lui a fait détester ces folliculaires. Il avait découvert enfin la dichotomie de l’information que tous les protestataires du régime reprochaient à cette télévision. Comment pouvait-il percevoir cette dichotomie avant d’autant plus qu’il profitait des grâces de ce système ? Ce dernier comme la plupart des ouvriers du régime Bongo-PDG était atteints soit de dissonance cognitive soit d'amaurose volontaire par rapport aux faits des médias publics.

L’attitude de mon enseignant est symptomatique à l’ensemble de ces gens qui font croire que la situation catastrophique du pays date de 2009, mais au contraire, elle est antérieure à cette date. C’est simplement une sorte d’hypocrisie pour se dédouaner de la situation du pays qui découle de différents échecs des gouvernements depuis près de cinquante ans. En d’autres termes, c’est le résultat de la gouvernance déprédatrice du système Bongo-PDG dont certains ont été les chevilles ouvrières. Néanmoins, je reconnais que le pouvoir dit émergent n’a rien fait pour améliorer les choses, au contraire la situation s’est chronicisée. Le distingué camarade, comme l’appellent ses laudateurs, semble croire qu’il est le seul capable de faire avancer ce pays en flattant les populations avec son émergence et promettant la rupture avec les anciennes pratiques. La vicinité du règne du père et du règne du fils est un truisme. La prévarication — selon Transparency Interational, plus de sept cents milliards de francs CFA ont été détournés entre 2011 et 2014 au Gabon — est la pierre angulaire de ce système et le corollaire est la paupérisation.

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