L’épouse avalézing*

Publié le par Nguema Ndong

L’épouse avalézing*

Par un matin de la semaine dernière, une amie sur qui j’avais des vues dans un lointain passé avant que les Cytotec et la blonde de la SOBRAGA n’aient eu raison de sa beauté vint discuter avec moi.

•    Elle : Richard, tu as encore pris du poids, on sent que tu es célibataire.
•    Moi : comment cela ? Tu insinues donc que les relations amoureuses me feraient perdre du poids ? 
•    Elle : c’est ce que je constate. 
 

Je ne savais pas si je devais lui donner raison ou pas. Néanmoins, je peux constater que, lorsque je fus en couple, mon poids oscillait entre 75-78 kg. Et depuis que j’ai rejoint le foyer des célibataires, ndê minkûgn comme le bar de ma tante, mon poids varie entre 85-88 kg. Je vous laisse déduire. Elle poursuivit.

•    Elle : a Nguema Ndong, cela fait un moment que je te vois seul. Tu sais, j’ai beaucoup de contacts. Je peux te brancher sur un bon « biz ». Tranquille, posée, respectueuse et studieuse. Tu ne la verras jamais dans des bars indigènes, comme tu aimes le dire.
•    Moi : Miss, laisse tomber. Tu n’es pas en mesure de trouver une femme qui pourrait répondre à mes critères de sélection. 
•    Elle : ah ! Aimé, serais-tu en train de me négliger ? OK ! on va faire simple. Quels sont tes critères de sélection ? 
•    Moi : d’accord, comme tu veux tant savoir. Prends note. La femme de mes rêves, celle qui a une place de choix déjà réservée dans mon cœur, doit voir un niveau d’études maximum CEP+5. C’est-à-dire, après le CM2, elle est arrivée en troisième et elle a brillamment échoué au BEPC à deux reprises avant de se lancer dans une quête effrénée d’un mari. Chez moi, il n’y aura pas de place pour les Élisabeth Badinter, Toni Morrison ou Justine Minstê. La place des Femmes Savantes est dans les campus et les bibliothèques, pas sous mon toit. La femme de mes rêves doit avoir la poitrine aussi plate que celle d’un nouveau-né, car les pierres chauffées par leurs mères et autres personnes ont bien ramolli ses seins. Une femme à la poitrine proéminente attire le regard des hommes. Nguema Ndong, je suis aussi jaloux que dans la chanson de Nejj Fort. La femme de mes rêves doit mesurer 1m20 avec les bras levés et elle doit chausser uniquement des ballerines, jamais de talons aiguilles. Elle doit être discrète en public. Évidemment, le make-up ou le maquillage et même le tissage ne doivent pas franchir le seuil de ma porte. En somme la femme de mes rêves ; celle qui règne dans mes songes ; l’épouse que je cherche tous les samedis au Cocotier, Atong-Abeign, Avéa, Atsib Ntoss, Lalala ye Nkembo ; doit être laide, afin que tous les libidineux charognards qui rodent dans le quartier ne se s’intéressent point à elle. Aussi, elle doit être une parfaite idiote. Je ne caresse point le désir de parler d’épistémologie, d’ontologie, de taux directeur, de déflation ou d’inflation, de physique quantique ou de métaphysique, de bolchevisme ou de trotskisme, de délocalisation ou de globalisation, de féminisme ou d’émancipation, de planning familial ou de déterminisme social dans mon logis. Les seuls sujets qui devraient couvrir nos échanges seront la date de son ovulation et l’heure du repas. Un point, un trait. 
 

Après la litanie de mes critères de sélection, mon amie avait du mal à sortir un mot de la gorge. Elle devint toute rouge, comme si elle avait avalé toute une corbeille de petits piments, Odo 'o. Elle fit prise par une mutité momentanée. Avant de continuer.

•    Elle : sérieusement Richard, est-ce ce que tu recherches comme future épouse ? Dis-moi, quel est ton problème ? Veux-tu vraiment te marier un jour ? Parce que là, tu me décris une épouse bizarre.

Sans crier gare, je me suis esclaffé à la vue de l’expression de son visage.

•    Moi : une épouse avalézing. Hein ? Voilà, c’est même ce que je recherche. En voyant un de ces rires narquois qui me valent souvent des récriminations voire des admonestations en public 
•    Elle : honnêtement, je ne m’attendais pas à cela venant de toi. Sérieusement, Richard, tu es un rustre, un fieffé goujat.
 

Quand elle dit cette dernière phrase, on pouvait bien percevoir de la fureur dans ses yeux. Afin de décupler son mécontentement, je lui balançai fièrement : « Ke wayem,ke wayem, Fam ! » comme pour dire : « tu sais, tu sais, je suis un homme ». De guerre lasse, mon interlocutrice s’en alla en ruminant sa colère. C’était une bonne leçon pour elle. J’avais envie de lui lancer un sacré « c’est bien fait pour ta gueule », mais je m’abstins. Les gens sont prompts à vous trouver une épouse sans que vous en sollicitiez l’aide. Le choix de l’épouse ou de l’époux devrait être une affaire personnelle, mais nombreux sont ceux et surtout celles qui aiment s’immiscer dans la prospection conjugale des uns et des autres. 

Depuis que ma conseillère conjugale et entremetteuse — célibataire et mère de trois enfants de pères différents — m’a tourné le dos, je ne l’ai plus jamais revue. J’attends toujours de ses nouvelles, comme les gabonais attendent celles de Riyad. Vous qui la croisez souvent, dites-lui que mon statut matrimonial n’a pas changé et aucun secret médical ne le couvre.   

Avalezing* : c'est une locution Fang qui veut dire étrange ou bizarre.

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