Quand Arnold Djoud conchie Nkoum Ekiem de Zeng Ebome

Publié le par Nguema Ndong

Quand Arnold Djoud conchie Nkoum Ekiem de Zeng Ebome

Texte publié le 16 août 2018 Sur mon compte Facebook pendant un séjour à Oyem

La brume du matin me retient au lit, j’ai du mal à quitter les bras de Morphée. En cette douce matinée d’août, le froid rend le réveil difficile. Mon voisin ne donne vraiment pas envie d’abandonner cette chambre. En effet, il a décidé de jouer en boucle un des classiques de Pierre-Clave Zeng à savoir le cultissime Nkoum Ekiegn. Sur le coup, je reprends conscience de la sacralité de cette chanson dans le patrimoine immatériel d’Oyem. Écouter ce titre en ces lieux que le virtuose de Nkolabona décrit avec sagacité me donne envie de pleurer. La dextérité de celui qui se faisait appeler l’enfant d’Olong me rend fou de rage, car il y a quelques jours, j’ai regardé, l’autodafé de ce chef-d’œuvre par le bien nommé Arnold Djoud.

En 2010, après le séisme à Haïti, dans un élan de solidarité, on convia plusieurs artistes américains afin d’enregistrer un remix du célèbre We Are The Word, moins d’un an après le décès de Michael Jackson. Jay-Z se désolidarisa de ce projet, car, selon lui, il ne fallait pas toucher aux classiques. Et je partage pleinement cette position. Lorsqu’un artiste se bat pour créer une œuvre qui rentre dans la posterité, il ne devrait pas être loisible au premier énergumène de se permettre de torpiller cette œuvre au motif de l’actualiser. Arnold Djoud a sans doute du talent, mais ce qu’il a fait avec la mythique chanson de Zeng Ebome n’est rien d’autre que du massacre en bon et due forme. Cette reprise me donne des céphalées au point de craindre un AVC. J’ai rarement vu quelqu’un fusiller royalement l’œuvre de l’autre de la sorte. Tout m’énerve dans cette reprise. De la voix à la chorégraphie en passant par les images. Quelle idée de tourner un clip sur Oyem et d’aller le faire au niveau de l’Immeuble des Arcades à Libreville ? Les rares images prises à Oyem sont d’une pitoyable qualité qui frise le mépris. Rien, dans cette version 2018 de Nkoum Ekeign, ne donne envie d’écouter ou de regarder ce clip vidéo.

Cette chanson est l’hymne non officiel de la ville d’Oyem. Tout ressortissant de Nkoum Ekiegn qui a eu le malheur de quitter sa terre natale pour une quelconque raison se retrouve dans la douce mélodie et les paroles de ce chef-d’œuvre. À Oyem, après le baccalauréat, on est obligé de partir chercher fortune ailleurs. Et à la fin des études, on doit rester loin de notre terre maternelle vu que l’écosystème économique local n’offre que très peu d’opportunités d’emploi. Alors cette chanson remonte le moral de tous ceux qui se retrouvent dans cette situation. Toute la diaspora d’Oyem, même d’ailleurs, s’identifie à la situation décrite par Zeng Ebome. On veut tous revoir le visage de sa douce cité. On veut tous aller vers Akoakam, descendre vers Eyen’assi. Regarder vers Adzougou et Meka’a. Que de souvenirs ! Cette merveille musicale constitue l’un des levains de l’amour que les habitants d’Oyem vouent à cet artiste qui nous a malheureusement quittés trop top.

Comme Franck Sinatra et son célèbre New York New York ou DJ Polo & Kool G Rap et leur description de Streets Of New York ou plus proche de nous Hilarion Nguema et son hymne à Libreville et plus loin de nous, Joséphine Becker qui chante son amour de Paris et de son pays, Zeng Ebome a chanté l’amour de sa ville de cœur. Il a également chanté, grâce à ce titre, le cafard de l’émigré comme Annie-Flore Batchiellilys. Est-ce qu’Arnold Djoud a seulement pensé une fois au symbole auquel il s’attaquait en allant négocier le droit de reprendre ce titre ?    Je ne suis pas sûr. En tous les cas, il a copieusement fusillé le travail du génie de Nkolabona. Chaque fois que je dois subir cette insalubrité sonore, j’ai des envies d’agression physique.

Arnold Djoud, pensez aux fans de Zeng Ebome et aux ressortissants d’Oyem qui doivent subir les affres de votre nullité, du moins sur cette chanson. Vous avez sans doute du talent, mais je pense que vous pouvez faire mieux en vous attaquant à un projet à la mesure de votre compétence. Aussi, vous avez osé un challenge qui, au final, jette l’opprobre sur votre qualité d’artiste. Si on me donnait le droit de juger votre travail, toute la peine du monde m’habiterait à vous donner 1/20, car le rendu de votre travail est nul. Il suffit d’accorder 15 secondes à cette chanson pour se rendre compte de l’immensité infinie de sa vacuité. Avec le temps, je me suis déshabitué à écouter vos chansons, mais comme il s’agissait d’une de mes idoles, j’ai fait l’holocauste de mes résolutions. Et colossale fut ma peine. Dorénavant, épargnez vos compatriotes d’une telle insalubrité sonore, car c’est une torture auditive. Sur ce, veuillez agréer, monsieur Ogoula, l’expression de mon profond mécontentement.  

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