L’amour assassin

Publié le par Nguema Ndong

L’amour assassin

Je venais de rompre avec une jeune dame et quelques jours après ce schisme, je suis allé rendre visite à un frère qui avait subi mes multiples lamentations à l’acmé de ce moment. Le spleen consubstantiel à cette rupture prenait doucement la clé des champs. Je prétendais à qui voulait le savoir que j’avais tourné la page de cette relation et que j’avais nettoyé mon cœur de toute acrimonie. J’étais à la recherche de nouvelles saveurs. Comme disent les autres, « Me vouarang minköt mi fône, matam dzi be jiji ». La réalité était tout autre. Une relation d’amour ne s’efface pas par de simples mots. Cela demande du temps et souvent, on s’accommode, nolens volens, des blessures de cet échec qui demeurent parfois incurables.

Attablés autour d’un bon rafraîchissement, nous parlions de femmes, de sexe, de politique, de musique, etc. L’ambiance ne souffrait d’aucune morosité. Mon portable était posé sur la table quand il sonna subitement. Mon frère vit le nom qui s’afficha à l’écran et il s’esclaffa. Pendant que je portais mon téléphone à l’oreille, il entonna, tout hilare, la chanson de Fally Ipupa "Amour Assassin". Le choix de ce titre était motivé par la personne qui m’appelait. En effet, j’avais mon ex-compagne au bout du fil, car nous devions régler quelques petits soucis en suspens. Mais l’expression maussade de mon visage lorsque retentirent les premières notes de ma sonnerie cachait mal mon embarras à lui parler. Et les sarcasmes de mon compagnon n’arrangeaient pas les choses.

Dès que je raccrochai, je lui demandai de m’expliquer pourquoi il avait choisi cette chanson à la vue du nom de mon interlocuteur téléphonique. Il me répondit que deux choses l’avaient motivé à savoir mon pseudonyme et l’histoire tragique que je venais de vivre avec cette jeune dame. En effet, de mon adolescence à un passé récent, je précédais toujours mon nom de famille d’un Assassin pour des besoins de rap et beaucoup de ceux qui m’ont connu à cette époque continuent de m’appeler ainsi. Aussi, la jeune fille avait, semble-t-il, brisé mon cœur et ce fut donc un amour qui assassina l’Assassin Nguema Ndong. Par conséquent, il me conseilla de changer le nom de cette dernière dans mon répertoire. Au lieu de @##, je devrais maintenant mettre Amour Assassin. Et nous nous mîmes à rire.

Chaque fois que nous avions parlé de cette dame, il la désignait ainsi et quand nous écoutions par hasard cette chanson, il ne cessait de me chambrer. Ses brocards étaient si récurrents qu’aujourd’hui encore, lorsque j’écoute ce titre, je ne cesse de rire. Et lorsque je croise ladite demoiselle, il m’arrive souvent de l’appeler ainsi. De fait, grâce à l’humour de mon frère, j’ai mieux géré ma rupture. J’ai ri d’une situation qui empoisonnait mon existence. J’en ai fait un vague sujet de moquerie. Et comme l’a écrit François Hollande dans son livre Leçons du pouvoir : « L’humour n’est pas une fuite. Il est le sel du quotidien et surtout il rend moins cruels les heurs et les malheurs de la vie. »   

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