Si j’étais croyant, j’aurais demandé cet anniversaire

Publié le par Nguema Ndong

8Aujourd’hui, nous sommes le 21 avril 2019, cela fait exactement 36 ans que j’ai vu le jour à Minvoul. Curieusement, cette année, ce jour tombe un dimanche de Pâques. Une fête chrétienne. On m’a dit que c’est un signe du ciel que je ne devrai pas prendre cela à la légère. Sauf que je ne suis pas chrétien et que mon athéisme se radicalise au point de ne donner du crédit à aucune force surnaturelle. Par ailleurs, si j’étais chrétien, j’aurais sans doute longuement prié à l’occasion de cet événement. Et voici ce que j’aurais souhaité comme jour d’anniversaire.

En 1983

En 1983

Il est dimanche, mon téléphone sonne et j’ai du mal à quitter le sommeil. À mes côtés est allongée cette jeune dame que j’aime tant. Cet après-midi, je dois rendre visite à ses parents, en compagnie de quelques membres de ma parentèle, afin de leur annoncer l’officialisation de notre union. Pour l’occasion, Vincent Essono Mengue fera le déplacement à Mbwéma (chez moi) pour la partie civile de la cérémonie. Je lis 9 h sur l’écran de mon téléphone. La veille, mes amis m’ont organisé une surprise dans un pub de la place, le bourbon a coulé à flots. C’est à 5 h du matin que je suis rentré bien aviné. J’ai du mal à décrocher le téléphone, car je m’attends à un joyeux anniversaire. Toutefois, le nom de l’appelant m’interpelle. Il s’agit d’un beau-frère qui ne me contacte que lors des événements importants. Je comprends que l’heure est grave. « Bonjour, Aimé, désolé de te déranger. Mets un peu France 24, l’actualité au Palais de la Rénovation est en branle » me dit-il avant de raccrocher. Confus, je regarde prestement mes alertes Google. Je lis que « Le président Ali Bongo vient de démissionner de Londres où il poursuit sa convalescence, mais depuis plusieurs semaines nul n’a de nouvelles de la présidente de la Cour Constitutionnelle. Selon la constitution, la présidente du Sénat doit assurer l’intérim, mais devant qui va-t-elle prêter serment ? » Je n’en crois pas à mes yeux. Je vais sur Facebook, on ne parle que de cela. Deux autres rumeurs virales apparaissent. La première dit que Brice Laccruche Aliahanga a démissionné de son poste de Directeur du Cabinet du président de la République afin de rejoindre le cabinet Mossack Fonseca au Panama (à l’origine des Panama Pepers). Quant à la seconde, elle parle d’un mandat d’arrêt international lancé par le Gabon contre Maixent Accrombessi Nkani alias Houndji Humon qui passe maintenant le clair de son temps dans son ranch texan d’Abomey.    

La confusion m’envahit, je ne suis pas juriste, je tente d’appeler mon homonyme pour qu’il explique la situation. Son numéro ne passe pas. Il doit être en route pour Obout (village d’Oyem). Alors, j’essaye de contacter mon neveu avocat (celui qui refuse de me considérer comme son oncle parce qu’il est mon aîné), son téléphone non plus ne passe. Il doit être à Endama (village d’Oyem). Ces Essangui, je ne les comprends pas, ils ne sont jamais là quand on a besoin d’eux. Je reste avec mon ignorance. Je réveille ma compagne puis je tente de lui expliquer une situation que je ne comprends pas. Désappointé de ne pas pouvoir lui dire plus, je cours allumer la télévision. Je mets Gabon télévision. On y diffuse un clip de Shan’l La Kinda. Frustré, sans manquer d’agonir d’injures les programmateurs de cette chaîne, je zappe vers Gabon 24. Ce n’est pas mieux. Pour cette chaîne qui se trouve à la présidence de la République, l’information importante de la journée est le comingout d’Emmanuel Macron. Oui, le président français vient d’avouer au monde son homosexualité et sa relation avec son ancien garde du corps Alexandre Benalla. D’après la journaliste, Donald Trump a tweeté et elle le cite : « Félicitations à la France, le premier pays du G7 qui est dirigé par un homosexuel déclaré ». C’en est trop pour moi, je vais sur France 24, il y a une bande rouge sur laquelle il est écrit : « Gabon : Ali Bongo démissionne de la présidence de la République ». La chaîne du ministère français des Affaires étrangères a convoqué ses éditorialistes maison puis Bruno Ben Moubamba, Laurence Ndong et Fabien Méré pour la caution gabonaise. Leur logorrhée ne m’apprend rien, soudain la journaliste annonce que Jean Ping vient de dire sur Twitter qu’il ne sera pas candidat à l’élection anticipée. Une pulsion agréable traverse mon cœur, je prends congé de cette chaîne et je vais sur les réseaux sociaux où j’apprends que Myboto, Eyeghe Ndong, Oye Mba, Nzouba Ndama, Mba Abessolo, Maganga Moussavou, Ona Ondo et Mayila ne seraient pas en lice. Cependant, Moussavou King vient de créer ses pages Facebook et de twitter, ce monsieur a un autre problème. Pendant ce temps, Billé By Nze et Onanga y’Obegué ont réactivé le MOUGABO.

Mon téléphone sonne à nouveau et ce numéro n’est pas dans mon répertoire. Je décroche néanmoins. « Allô ! bonjour, monsieur Nguema Ndong, c’est Monique Oyane. J’ai le regret de vous annoncer que nous allons sursoir à une date ultérieure notre interview de 14 h. Ce désagrément est indépendant de notre volonté. Vous comprenez, avec cette actualité locale, on doit revoir nos priorités. Je vous prie de bien vouloir nous en excuser. » Affligé, je lui réponds hypocritement que je la comprends parfaitement. Au fond de moi, c’est le brasier. Cela fait vingt-neuf (29) ans que je rêve de lui parler en tête à tête, en plus, c’était au jour de mon anniversaire. Ma musique étant enfin sortie de l’anonymat, je devais donner une interview afin d’en parler à son émission. Me voici condamné à attendre que la production daigne me contacter à nouveau, ce qui semble incertain. Je garde néanmoins l’optimisme. Depuis que l’ancienne star du JT de la RTG1 au début des années 1990 a lancé son programme, plutôt pluraliste, des voix dissonantes à la vulgate émergente y ont souvent la parole.

J’arrête la télévision. Cela fait sept (7) longues heures que l’on passe les mêmes images en boucle. Je constate que les journalistes brassent du vent et ils ne veulent pas avouer le manque de nouvelles informations. Je suis las de ce bourrage de crâne et pour calmer le maelström de ma pensée, je décide enfin d’écouter le dernier album de Nas sorti vendredi. Depuis deux jours, je n’ai pas eu le temps de le faire. Rien que la qualité des producteurs (DJ Premier, Pete Rock, Saalam Remi, Trackmasters, Kanye West, Dr Dre, Just Blaze, No.ID, 9th Wonder et Q-Tip) me fait saliver. Je ne suis qu’au premier titre quand retentit à nouveau la sonnerie de mon téléphone. Un cousin qui aime parler de politique m’appelle comme si j’étais un de ces nombreux experts en tout qui polluent le paysage médiatique. « Es-tu au courant qu’Ella Nguema, Minlama Mintogo, Franck Nguema et Mike Jocktane ont déclaré qu’ils seront candidats ? » Me demande-t-il. J’ai envie de rire. Il est seize (16) h, Ali Bongo a dit qu’il démissionnait, mais personne n’a de nouvelles de Marie Madeleine Mborantsuo, celle qui doit acter cette démission. Et c’est devant elle que Lucie Milebou-Aubusson, qui conduira la transition, doit prester serment. Pendant que nous sommes dans cette confusion totale, beaucoup parlent déjà de candidatures. Hum ! on retombe dans les mêmes travers.

Je prends congé de mon cousin et je rejoins ma compagne, on ne sait pas s’il faut prendre le risque de sortir. Dehors, apprend-on sur les réseaux sociaux, ils n’ont pas encore coupé Internet, que c’est la fièvre obsidionale. Il se raconte que plusieurs séides du Bongoïsme dans l’armée sont prêts à jouer la symphonie des canons afin que le pouvoir ne quitte point la maison du défunt roi de Lewaï. Aucun chat ne traîne dehors, sauf quelques effrontés qui courent se ravitailler en produits de première nécessité. Les rares magasins ouverts voient leurs chiffres d’affaires grimper comme l’endettement du Gabon dès l’arrivée d’Ali Bongo au pouvoir. C’est mon anniversaire, j’ai trente-six (36) ans aujourd’hui et je ne peux pas le fêter. Je ne peux même pas aller annoncer à ma belle-famille que j’ai pris la décision d’officialiser mon union avec leur fille. Le règne d’Ali Bongo n’a jamais été une sinécure pour moi. Je suis passé d’étudiant à la formation au rabais, puis chômeur à longue durée et aujourd’hui travailleur sans salaire. Et quand il décide de s’en aller, il me pourrit mon anniversaire. Interview différée, annonce de mon mariage à ma belle-famille reportée et la soirée arrosée dans un pub de la place, hypothéquée. À croire qu’il a un problème particulier avec moi.  

Il est 20 h, la quasi-totalité de la population gabonaise est devant le journal de Gabon Télévision. Nul ne sait d’où leur vient cette inspiration, mais c’est le visage de Patrick Simangoye qui s’affiche à l’écran. Ce journaliste qui a longtemps incarné le parangon d’incompétence notoire de la première chaîne et qui a suscité tant de détestations chez les téléspectateurs est choisi pour présenter le JT. Au sommaire, il nous parle du lancement de la réunion annuelle des assureurs africains, de l’inauguration du nouveau CECADO de Lebamba par le vice-président de la République Pierre Claver Maganga Moussavou et enfin de la mise en place du bureau directeur de l’association Dynamique Oyemoise par son président d’honneur Renaud Allogho Akué. Je me jette sur la télécommande et en chœur tous les occupants du salon l'injurient. Je me rends compte que ce n’est pas aujourd’hui que je vais comprendre quelque chose à la situation du pays. Je coupe les données mobiles de mon téléphone, car les incessantes notifications de Twitter, Facebook, Instagram, Googles alertes et WhatsApp m’insupportent déjà. J’ai envie de me changer les idées alors je décide de lire. Je vais donc prendre Le manuel de guérilla urbaine de Carlos Marighella, on ne sait jamais ce qui adviendra demain, l’optimisme et le pessimisme ayant la même cote. Je termine ma lecture puis je prends une douche et je fonce me coucher. La gueule de bois de la soirée d’hier n’est pas encore partie. Peut-être que demain, nous aurons plus d'informations et l'on pourra par conséquent répondre à la question : « Qui dirige le Gabon ? »

Moi en 2019

Moi en 2019

Joyeux anniversaire à moi-même.

Tout en sortant de la fiction et des fantasmes, la question reste d’actualité, car les conseils de ministres ne se tiennent presque plus et plusieurs décisions tardent à être entérinées. Doit-on ou pas constater la vacance du pouvoir et qui dirige vraiment le Gabon ?

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