Il y a dix ans, j’aurais pu mourir

Publié le par Nguema Ndong

Photo prise le 28 juillet 2010, un mois et demi après le début de mon traitement.

Photo prise le 28 juillet 2010, un mois et demi après le début de mon traitement.

“Les médecins les plus dangereux sont ceux qui, comédiens nés, imitent le médecin-né avec un art consommé d'illusion.”

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain 

C’était un matin de février 2010, en me réveillant, je ressentais une brûlure dans la gorge. Je mis cela sous le coup de la soirée d’enregistrement de la veille dans un studio à Owendo. Nous avions terminé notre session aux alentours de 3 heures du matin. Je n’avais pourtant pas beaucoup rappé au point d’être égosillé. Mon couplet, sur ladite chanson, était assez court, huit mesures. Puis je me suis dit que cela était peut-être dû à un début de grippe. Quatre jours après, cette gêne persistait. Je dus me rendre dans une pharmacie afin de me procurer des pastilles. Mais quelques jours plus tard, une toux grasse apparut. Ce n’était pas la première de ma vie. Néanmoins, celle-là avait quelque chose d’inquiétant. Je crachais de la morve à tout moment. Lorsque je toussais, cela faisait tellement de bruit que les gens autour de moi me regardaient avec suspicion. J’étais obligé d’aller une nouvelle fois à la pharmacie, cette fois-ci pour m’acheter un premier antitussif, un deuxième, un troisième, etc. Pas de changement, situation stationnaire. Après un mois à prendre des sirops et à boire une décoction d’écorce que m’avait recommandée ma mère, la toux ne partait pas. Soudain, ce fut au tour des douleurs thoraciques et d’une fièvre nocturne de faire leur apparition. Je commençais à constater une perte de poids et d’appétit. Alors, je pris la décision d’aller consulter un médecin dans une clinique privée qui se trouvait dans mon ancien quartier. Ladite structure sanitaire se situait à près de 10 km de mon nouveau lieu de résidence.

Très tôt, un matin de mars, j’arrivai donc dans cette clinique où mon hypocondrie m’avait souventes fois conduit. Après les formalités administratives, on m’orienta vers une infirmière qui prit ma tension, mon poids (65 kg alors que d’habitude, j’étais à 75 kg), etc. J’attendis un long moment dans une salle où j’aurai pu contracter une autre maladie. L’insalubrité du lieu n’avait rien à envier à celle des vestiaires de ces bars miteux qui pullulent dans les quartiers sous-intégrés. Puis on m’introduisit dans le cabinet de la médecin, qui était une femme d’une beauté éclatante au point où mon état dolent ne put empêcher de l’admirer. J’avais mal à la poitrine et non aux yeux. De toutes les façons, même grabataire, l’animal reste agressif. Cette thérapeute aurait donné envie à n’importe quel homme hétérosexuel d’aller la consulter. La preuve, le fait de la voir eut un effet roboratif sur moi au point d’oublier le mal qui me rongeait. Je répondais avec délectation à ses questions. Je n’aurai jamais imaginé qu’un jour, j’allais avoir autant de plaisir à parler de ma maladie à un docteur. Elle me prescrit quelques comprimés, un sirop, une batterie d’examens de sang et une radio des poumons. On se donna rendez-vous dans un proche avenir dès que j’aurai récupéré les résultats de ces examens. En sortant de son cabinet, j’étais optimiste. Je croyais à une guérison prochaine. Mais, une fois le soir arrivé, la fièvre nocturne reprit ses droits. La détresse respiratoire également. J’avais l’impression que l’on me plantait des fourches dans les poumons. Je toussais et j’avais froid. Je ne trouvais le sommeil qu’en m’allongeant sur un côté. C’était infernal. Je craignais la nuit, c’était un calvaire. La présence de ma compagne d’alors, certains soirs, ne suffisait pas à calmer ma peine. Je souffrais énormément et j’envisageais parfois le pire.   

Une semaine après notre première rencontre, j’étais à nouveau dans le cabinet de la médecin afin de lui présenter les résultats de mes examens et la radio des poumons. J’avais encore perdu du poids et le goût aussi partait. Je me restaurais rarement, car je n’avais plus d’appétit. Aucun vêtement ne m’allait plus vraiment. Ils étaient tous devenus trop grands. Tous les jours, je portais le seul jeans qui pouvait encore m’aller grâce à une ceinture sur laquelle j’avais dû rajouter des trous. Quant à mon visage, il faisait peur. Il était quotidiennement livide. J’avais des joues creusées. Mes yeux de nature globuleux semblaient vouloir sortir de leur orbite. Mon cou donnait l’impression de ne plus pouvoir supporter ma tête, car je ressemblais maintenant à une sorte de têtard. Il ne me restait que la peau sur les os, on aurait dit une chèvre famélique qui erre dans le désert. Pour beaucoup, j’avais l’aspect d’une personne en phase terminale d’une maladie incurable. Sans avoir peur des mots, j’étais comme à l’article de la mort. C’est avec ce corps moribond que j’arrivai devant elle ce matin-là. Comble de la surprise, en consultant mes examens, elle me déclara que je n’avais rien de grave. Pour elle, je présentais les symptômes d’une infection pulmonaire bénigne. Pour ce faire, elle me prescrit un antibiotique et un autre sirop pour la toux. Tout en étant dubitatif par rapport à son diagnostic, je me résolus à l’accepter. Qui étais-je pour douter de ses compétences ? Je n’avais qu’à acheter les médicaments qu’elle venait de me prescrire à nouveau, de rentrer chez moi et d’attendre si le traitement portait des fruits. 

Mon nouveau traitement approchait à sa fin, mais je n’observais aucun changement. Je perdais toujours du poids et je toussais de plus belle. Un soir, en toussant, je crachai de la morve dans laquelle je vis des traces de sang. Je fus pris de stupeur. Et en me regardant dans la glace, j’avais l’impression de m’apercevoir dans un cercueil. La mort ne m’avait jamais vraiment effleuré l’esprit, mais cette fois-ci je crois que je lui avais réservé une place aux premières loges. Je me faisais à l’idée qu’elle pût m’emporter à tout moment. Moi qui avais pensé durant toute ma vie que j’allais mourir vieux, je me disais maintenant que je pouvais partir avant d’avoir 30 ans. Que je m’en irai avant d’avoir terminé mes études. J’étais à ma dernière année de master. Malgré cela, je gardais la foi en la médecine. Beaucoup m’ont conseillé le chemin de la prière et de l’église. Je leur répondais que j’étais athée et que je ne pouvais pas prier. Ce qui est vrai. Je ne l’ai jamais fait de toute ma vie. En plus, je ne voulais pas donner à un pasteur le privilège de s’arroger ma guérison tout en sachant qu’il n’aurait rien fait de tel. Tout comme pour les églises, je refusais le chemin des tradipraticiens. Dans les deux cas, je devais certainement subir une logorrhée vitupératrice à l’endroit de mes proches. Je ne sais pas comment j’aurai réagi entendant l’un de ces individus attribuer ma détresse sanitaire à mes parents et à leurs supposées pratiques occultes. Des gens qui ont façonné ma vie et à qui je devais tout. Si je devais quitter ce monde, je voulais le faire en respectant mes convictions. En constatant que ma santé se dégradait de plus en plus et que la maladie qui me rongeait se chronicisait, je repris le chemin de la clinique. Je n’avais pas le choix même si je commençais à percevoir ma thérapeute comme un Diafoirus, mais je devais aller au bout de ma démarche.  

De nouveau dans le cabinet de la médecin, je lui expliquai que je n’avais observé aucun changement et qu’au contraire, la douleur devenait plus vive. La thérapeute m’exprima son étonnement avant de me prescrire à nouveau une radio des poumons. Elle changea par la même occasion mes antibiotiques et le sirop pour la toux. Nous étions à notre troisième rencontre et je recevais également ma troisième ordonnance dont les produits n’avaient rien à voir avec les premiers. Le doute s’installait dans ma tête, mais je continuais à suivre les recommandations de la médecin. Je suis donc revenu une semaine après afin de lui présenter les résultats de mes examens. Comme à son habitude, la dame en blouse me confirma son diagnostic : « Monsieur, je ne vois aucun problème dans vos poumons ». Elle me prescrit un nouveau traitement. Cette fois, elle me donna rendez-vous dans un hôpital public où elle exerçait à plein-temps. Elle devait être portée par un peu d’humanisme, car entre les examens, les consultations et les ordonnances, cela devenait un peu trop cher. Par contre, le nouveau lieu de rencontre se trouvait à près de 20 km de chez moi. Je devais donc me lever à l’aube si j’espère être reçu, en sachant que c’est vers 4 heures du matin que je trouvais le sommeil. Heureusement que nous n’avions pas beaucoup d’heures de cours à cette époque, car ma vie se résumait à hôpital, pharmacie et maison. Et quand je me rendais à l’école, je voyais de la pitié dans les regards des gens. Une enseignante avec qui je n’étais pas vraiment en bonne grâce vint même s’enquérir de mon état. Elle s’était permis de faire un peu d’humour, ce qui était vraiment antipodal à nos rapports. Mon dépérissement me créait des sympathies. Peut-être que les gens se disaient que j’allais probablement bientôt payer tribut à la nature et qu’il fallait agrémenter mes derniers jours de vie. Je ne les condamnais pas. D’ailleurs, il m’arrivait de penser de même. Je voyais la mort me tendre les bras. Néanmoins, je demeurais résilient et optimiste.   

Au bout d’une autre longue semaine de traitement, je me rendis à nouveau chez la médecin. Je lui expliquai que je n’observais aucune amélioration de ma santé. Au contraire, j’avais l’impression que les choses allaient de mal en pis. Après un court moment de silence dans son cabinet, elle me prescrit une nouvelle ordonnance. En parcourant ledit document, grand fut mon étonnement. Je remarquai que j’avais déjà pris ces médicaments, sans succès. Ce que je m’empressai de lui signifier. Embarrassée, elle me confessa son incompétence face à mon cas. Et qu’elle ne savait plus quoi faire. Il ne lui restait qu’à m’envoyer chez une de ses collègues qui avait plus d’expérience qu’elle. Nous venions de passer près de deux mois à tourner autour du pot. Son pilotage à vue et ses errements auraient pu me coûter la vie. J’avais l’impression d’avoir servi de cobaye à une apprentie sorcière ou d’avoir subi l’impéritie d’un médicastre. En tous les cas, j’étais si mal en point que je ne pus lui exprimer mon mécontentement. Je n’avais pas trop le choix. Je me pliai à sa décision. Ainsi, elle me conduisit chez ladite collègue. Cette dernière était une femme d’un âge mûr dont la compagnie était tout aussi avenante. Après un entretien d’une quinzaine de minutes durant lequel je lui expliquai la genèse et l’évolution de ma maladie, elle me prescrit des examens de sang, de salive et une nouvelle radio des poumons. Je ressentais le fait de refaire les mêmes choses comme une espèce de supplice de Sisyphe. À quoi servaient toutes ces radios dans lesquelles on ne trouvait rien ? Me questionnai-je. J’avais l’impression de jeter de l’argent par les fenêtres. Le pessimisme me gagnait de plus en plus et cela érodait ma résilience. J’en avais assez de cette maladie qui me rongeait. Malgré tous mes efforts, cette hydre demeurait. Ce mal inconnu qui m’éloignait du monde et qui rendait mes nuits infernales. Comme le chantait Pierre Claver Zeng, je voulais retrouver l’aisance physique, mais je souffrais dans ma chair. Je voulais profiter pleinement de la vie, mais la douleur était si vive.

Quelques jours après notre première rencontre, je présentais les résultats de mes examens à ma nouvelle thérapeute. Les tests de salive et de sang étaient négatifs. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette information me fendit le cœur. J’avais marre de ne pas connaître le mal qui me rongeait. Au fil des jours, plongé dans l’ignorance et la souffrance, je perdais patience. Soudainement, la médecin me dit qu’elle voyait des espèces de ganglions dans mes poumons. Il y avait donc un problème à cet endroit. Cette information contrastait avec les précédents diagnostics. Elle marquait, en cela, une évolution dans ma quête de la guérison. Ce qui me redonna un peu d’espoir. Par conséquent, il fallait que j’aille consulter un pneumologue dans une autre structure sanitaire. Car il aurait la compétence de mieux comprendre et trouver une solution au mal qui me rongeait. Je louai sa modestie et son honnêteté intellectuelle. Elle ne prit pas le risque de me prescrire de nouveaux antibiotiques. Ils auraient pu me causer d’éventuels soucis de santé. Dès que je sortis du cabinet du docteur, je me rendis prestement à cet hôpital dans l’optique de me renseigner et si possible prendre un rendez-vous. Arrivé au bureau des renseignements, le seul créneau que l’on me trouva afin de consulter ce spécialiste se situait en fin juillet pendant que nous n’étions qu’au début de mai. Je dis alors à la dame que je ne pouvais plus attendre et que d’ici cette date, la mort m’aurait sûrement déjà emporté. Elle s’esclaffa face à mon pessimisme et mon franc-parler. Je demeurai équilatérale à son attitude. Une fois ressaisie, elle m’informa que je pouvais passer le samedi pour une consultation en urgence et que cela coûterait un peu plus cher. Le prix qu’elle me donna ne représentait rien par rapport à ce que j’avais déjà dépensé. De toutes les façons, j’avais l’impression de jouer mon va-tout sur ce nouveau thérapeute. Ma vie reposait maintenant dans les mains de cet homme que je n’avais pas encore rencontré.

Le samedi de bonheur, j’étais déjà assis face au bureau de la secrétaire où je devais régler mes formalités administratives. Une fois que cela fut acquitté, on m’orienta dans un couloir au bout duquel j’allais attendre devant une porte sur laquelle était marqué le nom du thérapeute qui m’intéressait. Nous étions une bonne dizaine d’individus ce matin. Personne n’adressait la parole à l’autre, si ce n’était le laconique bonjour. Nul ne souhaitait être à cet endroit. Nous voulions que l’on nous reçoive. Et au bout d’une heure, je me trouvais dans le cabinet du pneumologue. En montant sur la balance, je vis que j’avais maintenant un poids de 58 kg. Pour un homme d’une taille de 1m80, cela donnait des frissons dans le dos. Je ne croyais pas à ce que je voyais. J’avais donc perdu 17 kg en trois mois. En m’asseyant devant le médecin afin de lui parler de ma maladie, je balbutiais, car je ne m’étais pas toujours remis de ce que je venais de voir. Tant bien que mal, je commençai à lui raconter l’évolution de mon mal. Contre toute attente, mon interlocuteur m’arrêta d’un signe de la main. Puis, il se leva et alla ouvrir un tiroir d’où il sortit un masque chirurgical qu’il s’empressa de porter. Son excitation jeta un coup de froid dans la pièce. Pendant qu’il ajustait son masque, le silence régnait en maître. Ensuite, il dit une phrase qui était si glaciale, voire morbide, alors elle pétrifia tout mon être. Sans ambages et sans tact, il m’envoya ces mots que je cite in extenso : « Monsieur Nguema, vous avez soit le SIDA soit la Tuberculose ». Je tombai des nues. Avait-il besoin de me choquer de la sorte ? M’interrogeai-je. D’ailleurs, comment pouvais-je avoir le SIDA ? Cela faisait deux ans que je sortais avec une fille qui ne pouvait pas douter de ma fidélité. Et avant elle, j’étais sain de corps. Quant à la Tuberculose, je ne fumais ni cannabis ni cigarette. Je me tenais loin des bars. Je ne buvais de l’alcool qu’à de très rares occasions. Comment aurais-je pu la contracter ? En voyant ma détresse, il tenta de détendre l’atmosphère en faisant un peu d’humour. Par la suite, il me rassura que l’on soignât facilement la Tuberculose et que l’on vivait tranquillement de nos jours avec le SIDA. Aussi, ces maladies ne devaient plus être perçues comme des salissures. Toute sa logorrhée n’avait que valeur d’amphigouri à mes oreilles. Il venait de planter un pieu dans mon cœur qui m’avait tant déstabilisé au point de ne plus pouvoir développer la moindre idée cohérente. La suite de notre entretien se transforma en monologue. Je n’avais plus toute la tête. Ma bouche ne pouvait plus produire de phrases structurées. Au moment de partir, il me prescrit des examens de sang, dont celui du SIDA et un scanner des poumons afin d’avoir une meilleure lisibilité. En sortant de l’hôpital, toujours bouleversé, j’appelai ma compagne pour lui annoncer les allégations du médecin. Je la prévins toutefois que l’une des hypothèses pouvait être avérée. En rentrant à la maison, ce fut autour des membres de ma fille d’être informés. Quelques jours plus tard, ma compagne était à mes côtés. Pendant qu’elle arrangeait le désordre qu’il y avait sur le bureau de ma chambre, elle vit le résultat d’un examen du SIDA, il était négatif. Ce fut un soulagement indescriptible. Je l’avais fait durant mes seconds examens de sang, mais mon médecin d’alors ne m’en avait pas parlé.

Quelques jours plus tard, je me rendis dans ce même hôpital afin de passer mes examens de sang, y compris celui du SIDA. Quant au scanner, je profitai du demi-tarif que l’on appliquait aux étudiants dans les structures publiques à cette époque, ladite structure sanitaire comprise. Je regagnais un peu plus de confiance. Je me disais que nous allions enfin déceler ce mystère et trouver le mal qui me rongeait depuis bientôt plus d’un trimestre. J’allais pouvoir sortir de ce ténébreux tunnel. Mais ce n’est pas pour autant que j’exultais. La douleur physique ne m’avait pas encore abandonné. Mon dépérissement suivait inexorablement son cours. La prescription d’un traitement adéquat urgeait à n’en point douter. Alors, le samedi d’après, j’attendais de bonheur devant la porte du médecin. Je voulais être le premier à être reçu, malheureusement, il y avait trois autres personnes qui me précédaient et six qui venaient après moi. Différemment à la dernière fois, ce jour-là, nous étions plutôt loquaces. Il y avait de l’enjouement dans l’air à un point que l’on aurait pu oublier ce qui nous avait conduits à cet endroit. En effet, lorsque l’on est malade, il arrive que l’on ait assez de se lover dans les bras du spleen. Au contraire, on aspire à plonger dans un océan d’alacrité. Hélas, cette bonne humeur collective s’estompa quand le premier patient sortit du cabinet. Il présentait un visage de mauvais jours. On aurait dit qu’il venait d’apprendre la mort d’un proche. Lorsque nous lui demandâmes la raison de son air maussade, il nous répondit qu’il allait être interné. Cette annonce jeta le froid dans la petite salle. Nous étions tous pris de stupeur. Nul n’aime cette situation d’enfermement. D’ailleurs, pour bon nombre de personnes, l’hospitalisation précède l’enterrement. Quand le deuxième sortit, nous le fusillâmes de questions. Il semblait moins affecté par ce que lui avait dit le médecin. Et lorsque vint le tour du troisième que je devais succéder dans le cabinet, je n’eus pas le temps de lui accorder la moindre attention. J’étais tellement angoissé que je donnais l’impression d’attendre le jugement d’une cour qui me condamnerait à la mort. Quand je pris place en face du pneumologue et que je lui tendis les résultats de mes examens, mon cerveau se mit en veille. Le monde autour de moi n’avait plus d’importance, il avait cessé de tourner. J’étais suspendu à la bouche de mon thérapeute. Il commença par les examens de sang. À ce niveau, je ne craignais vraiment rien. Je le vis esquisser un semblant de sourire quand il constata que la suspicion du VIH devait être écartée. Puis il sortit les clichés du scanner. Il les fixa durant quelques minutes avant de les reposer sur la table. Il me regarda en adoptant un air grave, cela n’augurait rien de bon. Son petit air jovial de l’instant d’avant avait disparu. Puis, il me dit ces mots qui résonnent encore dans ma tête dix ans après : « Monsieur Nguema, vous avez la tuberculose ».

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