Obone bashing

Publié le par Nguema Ndong

Obone bashing

Se nommer Obone suscite quelques frustrations, car ce patronyme fait l’objet de tous les sarcasmes chez les socionautes gabonais. Celles qui le portent actuellement pour certaines ont l’impression d’être marquées du signe de la bête. J’ai bien envie de croire à l’innocence du choix de ce nom, mais ma conscience me l’interdit. On me taxera sans doute de susceptibilité, tant mieux, je l’accepte. Cependant, avant de me clouer au pilori, il serait bon que les procureurs de la rectitude morale et les contempteurs de mes dénonciations lisent mon post dans son intégralité. 

 

Ceux qui me suivent depuis des années connaissent mon attachement à la dénonciation du bashing fang qui sévit au Gabon. N’ayons pas peur des mots. Comme le disait A. Camus : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Pendant la campagne présidentielle de 2016, j’en ai d’ailleurs subi les frais. Le nombre de mes contacts sur Facebook a diminué parce que je ne faisais pas partie de ceux que la galaxie Ping appelait les bons fangs. Cela n’est pas l’objet de ce post. Vous vous demandez sans doute l’utilité de l’évocation de ce sujet alors que l’on parle d’Obone. Sachez que les deux sujets sont liés. Tout cet humour autour de ce patronyme cache la détestation du fang. Elle donne libre cours à l’énonciation publique des préjugés sur les femmes fangs que beaucoup expriment d’habitude sous cape.

Quelle description fait-on d’Obone sur Facebook ? 

  • Obone est une femme cupide
  • Obone est une arriviste
  • Obone est une opportuniste
  • Obone est une femme frivole et volage
  • Obone est une femme dépourvue de toute urbanité
  • Obone est un comportement de cochon
  • Obone se décape la peau
  •  Obone est une bagarreuse
  • Obone n’est pas romantique
  • Obone ne sait pas s’exprimer en français
  • Obone a un accent peu ragoûtant 
  • Etc.    

J’aurais pu laisser cela en me disant que ce n’est que de la bêtise des réseaux sociaux. Malheureusement, cette vague d’humour perfide nourrit un phénomène semblable à celui qu’Achille Mbembe appelle dans Politiques de l’inimitié : le « nanoracisme ». C’est-à-dire : « cette forme de narcotique du préjugé de couleur qui s’exprime dans les gestes apparemment anodins de tous les jours, au détour d’un rien, d’un propos en apparence inconscient, d’une plaisanterie, d’une allusion ou d’une insinuation, d’un lapsus, d’une blague, d’un sous-entendu, etc. » Sauf que pour le cas du Gabon, il s’agit d’ethnies. Les gens croient que l’humour consiste à banaliser les stéréotypes et les autres préjugés nauséabonds qui stigmatisent des groupes d’individus. On utilise le rire pour salir, pour blesser. Comme l’avait si bien dit Umberto Eco : « Il est plus facile quand on veut justifier sa haine de l’autre de recourir à des clichés déjà connus ».

Tous ces clichés que l’on porte sur Obone ne sont pas étrangers à notre quotidienneté. J’entends des gens de ma communauté tenir de tels propos sur nos mères et nos sœurs, le plus souvent pour justifier leur besoin inextinguible d’exogamie. D’ailleurs, mus par le souci de coller à l’actualité, beaucoup n’hésitent pas à y aller de leurs publications. Comme tous ceux qui suivent ce panurgisme, ils jettent l’anathème sur Obone. En agissant ainsi, ils pensent se soustraire à la vindicte des réseaux sociaux. Cela n’est qu’un pur fourvoiement. Ce que beaucoup ignorent, c’est que les mêmes qui les accompagnent dans la stigmatisation de la femme Ekang, ce sont les mêmes qui cassent du sucre sur leur dos. Leurs compagnons de lutte n’oublient pas qu’ils sont des fangs. Leur détestation d’Obone n’est pas une simple misogynie, mais une détestation de tout ce qui est fang. Tôt ou tard, ils finiront par ouvrir le feu sur eux. Alors, portés par leur cécité, ils dénonceront des tirs amis. Cela est évidemment une grosse illusion, car nul n’est l’ami de celui qui a de la haine dans son cœur. Tout comme le raciste, le tribaliste est à psychiatriser, parce qu’il souffre de ses complexes. À ce sujet, Frantz Fanon a écrit dans racisme et culture que le racisme est une manière pour le sujet de détourner sur autrui la honte intime qu’il a de lui-même, de la transférer sur un bouc émissaire. Au lieu de se bâtir une existence digne d’envie, il salit le nom des autres, en l’occurrence, celui des fangs. 

 

Pour celles que cette espèce de fatwa condamne à avoir honte de ce patronyme, sachez qu’Obone veut dire « Perle ». Soyez fières de ce nom. Élevez-le. Une perle a de la valeur, aucune engeance de socionautes décérébrés ne pourra la conchier. Quant aux femmes fangs qui croient que cette stigmatisation ne concerne que les originaires d’une seule province, vous vous trompez. Continuez à vouloir vous dédouaner de je ne sais quoi en salissant le nom de vos sœurs. Vous nourrissez une bête qui vous dévorera un jour. Car votre autophagie s’avérera être un hara-kiri.   

 

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